Face au retour de la guerre de haute intensité sur le continent, l’Europe réarme vite. Mais elle ne réarme pas toujours européen. Dans une note du Haut-commissariat au Plan, l’institution alerte sur une dépendance persistante aux États-Unis pour l’achat de matériel militaire. Avions de combat, drones, défense antimissile, renseignement, spatial, cloud militaire : plusieurs capacités critiques restent liées à des fournisseurs américains. Cette situation n’est pas seulement industrielle. Elle touche directement à l’autonomie de décision de l’Europe.
Une Europe qui dépense plus, mais qui achète encore largement américain
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les budgets militaires européens sont repartis à la hausse. Les États membres veulent reconstituer leurs stocks, moderniser leurs armées et combler des lacunes anciennes. Cette accélération répond à une urgence stratégique. Elle traduit aussi un changement politique profond. Pendant des décennies, une partie de l’Europe a bénéficié du parapluie américain tout en réduisant ses propres moyens militaires. Le choc ukrainien a mis fin à cette illusion. Désormais, la question n’est plus seulement de dépenser davantage. Elle est de savoir où va cet argent, et à qui il profite.
C’est précisément le point soulevé par le Haut-commissariat au Plan. Selon la note citée par franceinfo, l’appartenance à l’OTAN incite fortement les pays européens à acheter du matériel américain. L’argument est simple. Les équipements venus des États-Unis sont souvent déjà intégrés aux standards de l’Alliance. Ils sont disponibles, éprouvés, interopérables et soutenus par une puissance militaire dominante. Pour plusieurs États, notamment sur le flanc Est de l’Europe, l’achat américain apparaît comme la solution la plus rapide face à la menace russe. Mais cette logique a un coût. Elle entretient une dépendance technologique, logistique et politique. Un avion, un système antimissile ou un drone ne se résume pas à son achat. Il faut aussi des pièces, des logiciels, de la maintenance, des mises à jour et parfois des autorisations d’emploi.
La souveraineté européenne passe par son industrie de Défense
La dépendance européenne ne se limite pas aux avions de combat. Elle concerne aussi des domaines devenus essentiels dans les conflits modernes. Les communications satellitaires, le commandement, le renseignement, les frappes longue distance, le cloud militaire ou les capacités spatiales jouent désormais un rôle central. En Ukraine, les drones, les données, les munitions et la guerre électronique ont montré que la supériorité militaire dépend autant de l’industrie que du champ de bataille. Si l’Europe dépend d’acteurs extérieurs pour ces briques critiques, sa liberté d’action peut être fragilisée. Le problème n’est donc pas de rompre tout lien avec Washington. Les États-Unis restent un allié majeur. L’enjeu est d’éviter qu’une dépendance asymétrique limite la capacité de l’Europe à décider seule en cas de crise.
Pour réduire ce déséquilibre, le Haut-commissariat au Plan préconise de renforcer les coopérations industrielles européennes. Cette orientation vise plusieurs objectifs. Elle permettrait de partager les coûts de recherche et développement, d’augmenter les volumes de production, de réduire les doublons entre programmes nationaux et de créer des groupes capables de rivaliser avec les géants américains. La Commission européenne va dans le même sens avec son approche “Readiness 2030”, destinée à accélérer les investissements et à combler les lacunes capacitaires du continent. En France, l’actualisation de la loi de programmation militaire prévoit aussi un effort supplémentaire de près de 36 milliards d’euros d’ici 2030. Mais l’argent ne suffira pas. Pour que la Défense européenne change d’échelle, l’Europe devra mieux coordonner ses commandes, accepter davantage de programmes communs et orienter une part plus importante de ses achats vers sa propre base industrielle. La souveraineté ne signifie pas que chaque pays produise tout seul. Elle suppose que les Européens disposent ensemble des moyens nécessaires à leur sécurité, sans dépendre de décisions prises outre-Atlantique.








