La récente visite officielle du président serbe Aleksandar Vučić en Chine marque une étape importante dans les relations entre Belgrade et Pékin. Accueilli le 25 mai par le président chinois Xi Jinping, Aleksandar Vučić devient ainsi le premier dirigeant d’un pays européen à effectuer une visite d’État officielle en Chine, emboîtant le pas à des dirigeants de renom tels que Donald Trump et Vladimir Poutine. Cet événement consolide des partenariats stratégiques entre les deux pays, nourris par d’importants investissements et des échanges politiques renforcés.
La Chine investit massivement en Serbie
La Chine s’affirme comme un investisseur majeur en Serbie, injectant des milliards d’euros dans des secteurs variés : infrastructures de transport, mines, usines et production d’énergie. Cette stratégie fait du pays des Balkans un partenaire important en Europe pour Pékin. Les échanges entre Xi Jinping et Aleksandar Vučić ont été marqués par une forte reconnaissance mutuelle, symbolisée notamment par la remise d’une médaille de l’amitié par le président chinois à son homologue serbe, ce qui renforce des liens déjà solides.
Militaire : la Serbie joue à part
Entre 2021 et 2025, la Chine est devenue le principal fournisseur d’armement de la Serbie, représentant près de 57 % des importations (données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm SIPRI). Malgré une tradition d’approvisionnement auprès de la Russie et de la France (respectivement 20 % et 7,4 % des importations), Belgrade a choisi la diversité et la rapidité d’approvisionnement offertes par le matériel chinois, confirme BFMTV. En mars, Vučić a reconnu publiquement la possession de missiles de croisière supersoniques chinois et a annoncé sa volonté d’augmenter substantiellement le stock de ces armes « extrêmement coûteuses » et « extrêmement efficaces ».
La Serbie est aussi la seule nation européenne à disposer du système de défense aérienne chinois FK-3. La livraison de 6 drones tactiques CH-92A a par ailleurs renforcé ses capacités, faisant des armements chinois un cas particulier en Europe, comme le note Florent Marciacq, chercheur associé à l’IFRI.
Sur la scène internationale, des désaccords politiques
Historiquement non membre de l’Otan, la Serbie a quand même mené des exercices militaires conjoints avec l’alliance début mai. Vučić insiste pour maintenir des relations cordiales avec l’OTAN, malgré le bombardement de la Serbie par l’OTAN en 1999. Il veut aussi préserver des relations stables avec l’Union européenne, même si la Serbie rencontre de nombreux obstacles dans son processus d’adhésion, notamment des liens jugés trop étroits avec la Russie.
La région connaît aussi des tensions : la Croatie, par la voix du premier ministre Andrej Plenković, a exprimé des inquiétudes sur l’armement serbe lors de discussions avec l’OTAN. Du côté du Kosovo, la montée en armement de la Serbie est suivie sans alerte immédiate, selon le ministre de la Défense Ejup Maqedonci.
Un partenariat stratégique avec la France
Dans un mouvement stratégique, la Serbie a commandé 12 avions de chasse Rafale à la France pour 2,7 milliards d’euros, signe d’une volonté de moderniser sa force aérienne tout en maintenant un équilibre dans ses liens européens. Ce choix est vu comme un investissement dans la défense européenne, même si la proximité opérationnelle des Rafale avec les militaires chinois suscite des questions.








