L’Ukraine s’apprête à dépasser tous les pays européens dans la production de missiles de croisière. Près de quatre ans après l’invasion russe sur son territoire, Kiev est désormais vue comme un acteur majeur de l’industrie de l’armement florissante. Cette évolution a poussé l’Union européenne à demander à ses membres d’intensifier et d’industrialiser leurs productions militaires pour répondre à des besoins grandissants liés à ce conflit de haute intensité.
L’industrie de défense : un laboratoire à ciel ouvert
Depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, le pays s’est transformé petit à petit en un vrai « laboratoire à ciel ouvert » pour l’industrie militaire. Les différences entre les modèles européens et ukrainiens de production d’armes sautent aux yeux. L’Europe privilégie des armements « technologiquement très sophistiqués, très avancés, très chers, mais impossibles à industrialiser », souvent qualifiés d' »armes de haute couture » par Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense. L’Ukraine, elle, adopte une approche plus pragmatique.
En misant sur la production de masse, Kiev vise des systèmes suffisants pour tenir une guerre d’attrition. Les missiles Flamingo et Neptune, nouveaux missiles développés, illustrent bien cette stratégie. Kiev prévoit de produire environ 700 missiles Flamingo rien que cette année, ce qui place l’Ukraine en tête des producteurs européens de missiles de croisière.
Ukraine et Union européenne : deux façons de faire
Les différences ne s’arrêtent pas à la conception des armes : elles se retrouvent aussi dans la production massive de drones. L’Ukraine produit déjà plusieurs centaines de milliers de drones chaque année, ce qui permet à ses forces de mener des frappes en profondeur sur le territoire russe.
Face à cette montée en puissance, l’Union européenne appelle à soutenir davantage l’Ukraine. Elle a déjà mobilisé près de 200 milliards d’euros pour Kiev, dont 60 milliards d’euros destinés à l’achat d’armes, pour aider à répondre à des besoins militaires qui ne cessent d’augmenter. Cette aide est d’autant plus importante que l’Ukraine connaît un épuisement financier et un recul du soutien américain, selon des sources industrielles et médiatiques comme BFMTV et le Financial Times.
Dans un contexte où les chaînes de production européennes ont besoin de commandes pour s’adapter, Andrius Kubilius insiste sur la nécessité d’ »ouvrir les stocks » pour soutenir Kiev. Il déclare aussi : « La seule formule qui puisse instaurer la paix est la paix par la force. La force doit venir du côté ukrainien et l’Europe peut y contribuer. »
Vers une nouvelle logique industrielle en Europe
Le conflit redéfinit les besoins opérationnels et stratégiques. En insistant sur la nécessité de produire des armes et des munitions économiquement viables, l’Ukraine remet en cause la logique européenne et invite à revoir les stratégies industrielles. La production de masse et la résilience industrielle deviennent des impératifs pour faire face aux exigences d’une guerre d’attrition.
L’Union européenne, via un prêt de 90 milliards d’euros alloué à l’Ukraine et distribué par tranches jusqu’en 2027, cherche à renforcer cette capacité de production. Les industriels européens ont ainsi une opportunité d’obtenir de nouvelles commandes, ce qui leur permettrait de renouveler et d’adapter leurs chaînes de production.








