Moscou affirme avoir commencé à livrer aux forces russes un nouveau système de lance-roquettes multiples baptisé Sarma. Présenté comme une alternative nationale aux célèbres HIMARS américains utilisés par l’Ukraine, cet équipement intrigue autant qu’il interroge. Malgré les annonces officielles et les ambitions affichées par l’industrie militaire russe, aucune preuve concrète de son emploi opérationnel n’a encore émergé sur le front ukrainien. Derrière cette communication se dessine aussi la volonté de la Russie de montrer qu’elle peut encore moderniser son arsenal malgré les sanctions et l’usure du conflit.
Une nouvelle arme russe censée rivaliser avec les HIMARS
L’annonce est venue directement de la direction du groupe public russe Rostec. Lors d’un échange avec Vladimir Poutine, le PDG Sergueï Chemezov a confirmé que les premiers systèmes de lance-roquettes multiples Sarma avaient été livrés à l’armée russe dès l’année précédente. Cette déclaration marque la première reconnaissance officielle de l’existence opérationnelle du programme.
Le Sarma est présenté par les autorités russes comme un système mobile capable d’assurer des frappes à longue distance avec une grande rapidité de déploiement. Monté sur un camion KamAZ, il doit offrir davantage de mobilité sur le champ de bataille. Les responsables russes mettent également en avant la protection de l’équipage ainsi que la puissance de feu du système. L’objectif affiché est clair : disposer d’un outil comparable aux HIMARS américains devenus emblématiques de la guerre en Ukraine.
Depuis 2022, les HIMARS fournis à Kiev par les États-Unis ont profondément modifié certaines capacités de frappe ukrainiennes. Ces lance-roquettes mobiles ont permis à l’armée ukrainienne de viser des dépôts logistiques, des postes de commandement et des infrastructures russes à longue portée avec une précision importante. Leur mobilité et leur rapidité de repli ont limité les possibilités de destruction par les forces russes.
Le M142 HIMARS est aujourd’hui considéré comme l’un des équipements occidentaux les plus influents du conflit. Le système américain peut tirer différents types de munitions, notamment les roquettes guidées GMLRS ou les missiles ATACMS à plus longue portée. Cette polyvalence explique pourquoi Moscou cherche désormais à promouvoir un équivalent national.
Selon plusieurs médias spécialisés dans les questions militaires, le Sarma disposerait de six tubes de lancement et pourrait atteindre des cibles situées jusqu’à 120 kilomètres. Le système serait également dérivé du Tornado-S russe, un autre lance-roquettes déjà utilisé par Moscou depuis plusieurs années. Toutefois, les volumes annoncés restent modestes. Des sources relayées par le média spécialisé Defense Express évoquent une commande limitée à douze unités accompagnées de véhicules de transport.
Un programme entouré d’incertitudes et absent du terrain ukrainien
Malgré les annonces officielles, le Sarma reste quasiment invisible dans la guerre menée en Ukraine. Plusieurs médias russes avaient affirmé au début de l’année 2025 que le système était déjà engagé sur le terrain. Pourtant, aucune image authentifiée, aucune vidéo géolocalisée ni aucune confirmation indépendante n’ont permis de vérifier ces affirmations.
Cette absence nourrit les interrogations des observateurs militaires. Les experts rappellent que de nombreux programmes d’armement russes ont parfois été présentés avec ambition avant de connaître des retards industriels ou des productions limitées. Le Sarma pourrait ainsi relever davantage d’une démonstration politique et industrielle que d’un déploiement massif à court terme.
Le système semble en réalité reposer sur des bases plus anciennes qu’annoncé. Selon Defense Express, le Sarma serait une évolution du programme expérimental 9A52-4 Kama dévoilé dès 2007. À l’époque, ce projet devait déjà proposer une version plus mobile des systèmes russes de lance-roquettes. Mais le programme avait rapidement disparu des radars et n’avait jamais connu de production significative.
Cette filiation technique explique pourquoi plusieurs spécialistes restent prudents sur les capacités réelles du Sarma. Le système conserve des caractéristiques proches des lance-roquettes russes existants, tout en réduisant le nombre de tubes de lancement par rapport au Tornado-S traditionnel. Moscou semble ainsi privilégier la mobilité plutôt qu’une saturation massive de tirs.
Tornado-S demeure aujourd’hui l’un des principaux systèmes d’artillerie longue portée russes. Le Sarma pourrait donc apparaître comme une variante plus légère et plus facilement déployable, inspirée par les qualités opérationnelles observées chez les HIMARS américains.
La communication autour du programme intervient aussi dans un contexte stratégique particulier. Depuis le début du conflit, la Russie cherche à démontrer qu’elle conserve des capacités d’innovation militaire malgré les sanctions occidentales. Les annonces concernant de nouveaux drones, missiles ou systèmes d’artillerie se multiplient régulièrement. Mais la production industrielle réelle reste parfois difficile à mesurer.
Le Sarma a récemment été présenté au salon World Defense Show organisé en Arabie saoudite. Cette présence traduit également la volonté de Moscou de maintenir sa visibilité sur le marché mondial de l’armement. Avant la guerre en Ukraine, la Russie figurait parmi les principaux exportateurs d’armes au monde. Or, plusieurs clients historiques observent désormais avec attention les performances concrètes des équipements russes sur le champ de bataille.
À ce stade, le Sarma demeure donc davantage un projet stratégique et symbolique qu’un acteur confirmé de la guerre en Ukraine. Moscou cherche clairement à afficher une réponse technologique aux HIMARS américains. Mais sans preuve d’utilisation opérationnelle massive, le système russe peine encore à convaincre les observateurs militaires internationaux.
Selon l’étude et les informations publiées par le média spécialisé Defense Express, le développement du Sarma illustre surtout les efforts de la Russie pour adapter son artillerie aux nouvelles réalités du conflit moderne.








