Le 6 mai 2026, la note de Fipeco sur les dépenses militaires et l’effort budgétaire met en lumière un effort budgétaire très inégal au sein de l’Union européenne. Selon Fipeco, les dépenses militaires comptabilisées par Eurostat ont représenté en moyenne 1,5 % du PIB de l’Union en 2024, contre 1,3 % en 2021, pour un volume de 266 milliards d’euros selon Le Point. Ainsi, l’effort budgétaire augmente, mais, pourtant, il ne raconte pas la même histoire à Tallinn, Varsovie, Paris, Berlin, Madrid ou Vienne. En parallèle, le Conseil de l’Union européenne évalue les dépenses de défense des États membres à 343 milliards d’euros en 2024, puis à 381 milliards d’euros en 2025 selon les données de l’Agence européenne de défense, ce qui confirme une accélération plus large de la défense européenne.
Un effort budgétaire tiré par l’Est de la défense européenne
La note de Fipeco montre d’abord un basculement géographique net : l’effort budgétaire, véritable marqueur de réarmement, progresse le plus dans les pays les plus exposés à la menace russe. Entre 2021 et 2024, la hausse a atteint au moins un point de PIB en Estonie, en Lituanie, en Pologne et en Hongrie. De plus, Fipeco indique que seuls les pays baltes, la Grèce, la Pologne, la Suède et la Hongrie avaient atteint ou dépassé en 2024 l’objectif de 2,0 % du PIB fixé par l’OTAN en 2014. Cet effort budgétaire n’est donc pas seulement comptable : il traduit une hiérarchie stratégique, car l’effort budgétaire devient plus intense là où les états-majors perçoivent la menace comme immédiate, directe et durable. Par ailleurs, la défense européenne avance désormais sous contrainte opérationnelle, avec davantage de munitions, d’artillerie, de défense sol-air, de drones et de capacités de commandement à financer simultanément.
La Pologne illustre ce changement d’échelle de l’effort budgétaire. Selon Fipeco, ses dépenses militaires atteignaient 2,9 % du PIB en 2024 selon Eurostat, contre 3,8 % selon l’OTAN, en raison de périmètres comptables différents. D’après Reuters, le ministre polonais de la défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, a même appelé le 6 mai 2026 à atteindre 5 % du PIB dès 2030, au lieu de 2035 : « Il ne sert à rien d’attendre 2035 pour atteindre 5 %, il faut y parvenir en 2030, car plus tard il pourrait être trop tard », a-t-il déclaré. Ainsi, l’effort budgétaire polonais dépasse le simple rattrapage et devient un signal politique envoyé à l’OTAN comme à Moscou. En outre, Euronews, s’appuyant sur les données du SIPRI, a indiqué le 30 avril 2026 que la Pologne consacrait 4,5 % de son PIB à l’armement et aux infrastructures de défense, devant la Lettonie à 3,6 % et l’Estonie à 3,4 %. Là encore, la défense européenne se construit d’abord là où l’urgence militaire paraît la moins théorique.
France et Allemagne : deux lectures de l’effort budgétaire dans la défense européenne
La France se situe au huitième rang de l’Union européenne en 2024, avec un effort budgétaire de 1,9 % du PIB selon Eurostat, soit 54 milliards d’euros. Cet effort budgétaire et cette progression représentent 0,2 point depuis 2021, ce qui est réel, mais modéré au regard du choc stratégique provoqué par l’invasion de l’Ukraine. Toutefois, la mesure change selon les méthodes : Fipeco rappelle que l’OTAN inclut notamment des éléments liés aux pensions, aux aides militaires à des pays partenaires et à certaines activités duales, alors qu’Eurostat raisonne en comptabilité nationale et exclut les dépenses des forces de l’ordre comme la gendarmerie. Dès lors, l’effort budgétaire français atteint 2,03 % du PIB selon l’OTAN, contre 1,9 %, ce qui place Paris juste au-dessus ou juste au-dessous du seuil symbolique selon l’instrument retenu. Cette nuance est budgétaire, mais aussi politique, car elle conditionne la manière dont la France présente sa contribution à la défense européenne.
La trajectoire allemande de l’effort budgétaire est plus spectaculaire. L’Allemagne a porté son effort budgétaire à 1,4 % du PIB en 2024, soit 59 milliards d’euros, davantage que la France en valeur absolue grâce à la taille de son économie. Surtout, Berlin prépare une montée en puissance beaucoup plus rapide. Les dépenses de défense allemandes devraient atteindre 144,9 milliards d’euros en 2027, fonds spécial et soutien à l’Ukraine inclus, soit 3,1 % du PIB, avant 3,7 % en 2030. « Les développements de l’année écoulée, y compris en Iran ces derniers mois, montrent combien les investissements dans notre capacité de défense sont importants », a déclaré le chancelier Friedrich Merz. Ainsi, l’effort budgétaire allemand change la masse critique de la défense européenne, tandis que l’effort budgétaire français reste encadré par une dette élevée, un déficit important et une loi de programmation militaire déjà sous tension.
Un effort budgétaire freiné par les règles, les méthodes et les choix de défense européenne
L’un des apports majeurs de Fipeco sur l’effort budgétaire est de rappeler que l’effort budgétaire dépend aussi des conventions statistiques. Eurostat enregistre les achats d’armement au moment de la livraison, tandis que l’OTAN raisonne davantage selon les paiements et retient un champ plus large. Par conséquent, l’Allemagne passe de 1,4 % du PIB selon Eurostat à 2,0 % selon l’OTAN, l’Espagne de 0,9 % à 1,4 %, et la Pologne de 2,9 % à 3,8 %, selon Fipeco. Ces écarts compliquent la comparaison, néanmoins ils révèlent aussi des réalités différentes : un pays peut annoncer un effort budgétaire conforme à l’OTAN sans que les capacités livrées aux forces progressent au même rythme. En 2024, Fipeco note également que les investissements militaires représentaient 0,3 % du PIB dans l’Union européenne comme en France, mais plus de 0,5 % du PIB dans les pays baltes, en Pologne, à Chypre et en Hongrie. La défense européenne se joue donc autant dans le calendrier industriel que dans les ratios de finances publiques.
Cette contrainte pesant sur l’effort budgétaire explique le recours croissant aux instruments européens. Selon le Conseil de l’Union européenne, le plan ReArm Europe, présenté le 19 mars 2025, doit permettre jusqu’à 800 milliards d’euros de dépenses supplémentaires d’ici 2030, tandis que le mécanisme SAFE prévoit jusqu’à 150 milliards d’euros de prêts pour les achats communs. En outre, dix-huit États membres avaient reçu le feu vert du Conseil entre le 11 février et le 10 avril 2026 pour des financements SAFE, et 15 des 19 plans nationaux soumis comportaient des projets avec l’Ukraine.








