Le groupe Renault s’est invité récemment dans le monde militaire avec l’annonce du projet Chorus, un drone kamikaze téléopéré à long rayon d’action. Conçu comme une munition à usage unique, ce drone est destiné à percuter ses cibles, un rôle que certains rapprochent de celui d’un missile de croisière. Révélé par l’Usine Nouvelle le 19 janvier, ce projet fait beaucoup parler et soulève des questions, notamment parce qu’une entreprise automobile participe à de la production militaire. Cet exercice mêlant enjeux économiques, sociaux et éthiques agite et divise.
Qui fait quoi et où
Renault, acteur majeur de l’automobile, est fortement engagé dans le projet en fabriquant la structure des drones. La filiale Ampère de Cléon, qui produit moteurs et boîtes de vitesse depuis 1958, joue un rôle central. Le site de Cléon, en Seine-Maritime, doit fournir les moteurs 2 L diesel qui serviront à propulser le drone. Par ailleurs, l’entreprise Turgis Gaillard, spécialisée dans l’armement, collabore avec Renault pour développer la collaboration industrielle. Les essais des prototypes devraient prélever dix moteurs cette année.
Le projet concerne aussi l’usine du Mans, dans la Sarthe, où une nouvelle chaîne d’assemblage de drones doit être en service d’ici la fin 2026. Cette chaîne devrait produire environ 600 drones par mois et recruter une soixantaine de personnes, sur la base du volontariat.
Ce que vaut Chorus : dimensions et portée
Le drone Chorus se distingue par sa taille : 8 mètres de long pour 10 mètres d’envergure. Son moteur ordinaire 2 L diesel, d’une simplicité étonnante pour un engin militaire, lui offrirait une portée de 1 000 km. Cette conception rappelle le Shahed 238 iranien et le Geran-3 russe, même si ces derniers sont plus petits (environ 3,5 mètres).
Dans le paysage industriel, MBDA, principal fabricant de missiles en Europe, explore aussi un projet autonome appelé « One way effector ». Des rumeurs évoquaient un partenariat avec un constructeur automobile, mais Renault a démenti toute implication.
Les tensions et réactions
À l’usine de Cléon, le projet Chorus a provoqué une opposition notable, portée notamment par le syndicat CGT. Les représentants syndicaux William Audoux et Richard Germain ont exprimé des inquiétudes éthiques sur cette orientation vers l’armement. « Certains salariés sont assez choqués et ne veulent pas entendre parler de ça », a déclaré Audoux, reflétant des inquiétudes éthiques et la crainte d’être visés dans d’éventuels conflits.
Pour autant, une majorité de salariés semble pencher pour le projet, convaincue des bénéfices socio-économiques pour l’emploi et de la pérennité des sites concernés. Les phases de transition démographique, la baisse de la production des moteurs thermiques (passée de 681 000 en 2018 à 222 000 en 2025) et la nécessité de maintenir des emplois expliquent en partie cette adhésion, malgré la politisation du sujet.








