Le 18 novembre 2025, les autorités polonaises ont officiellement relevé le niveau de vigilance en appliquant une alerte de niveau 3 sur une partie du réseau ferroviaire. Cette mesure, inscrite dans le cadre légal de la lutte antiterroriste, intervient alors que Varsovie confirme une série d’actions de sabotage attribuées à des agents opérant pour le renseignement russe. Dans un contexte où la Pologne occupe un rôle central dans les flux militaires et logistiques européens, cette élévation du niveau d’alerte prend une dimension stratégique.
L’alerte CHARLIE-CRP, un signal fort pour sécuriser la Pologne
L’annonce du relèvement de l’alerte a été formulée par le Premier ministre Donald Tusk, qui a indiqué qu’il signerait « le règlement correspondant » selon Onet Wiadomości. Cette décision s’appuie sur une évaluation formelle du groupe de travail sur les menaces terroristes, laquelle a été transmise conjointement par l’Agence de sécurité intérieure (ABW) et le ministère de l’Intérieur, comme le rapporte Gazeta Prawna. Ces institutions ont jugé que les indices d’intention hostile étaient suffisants pour activer un niveau d’alerte rarement utilisé.
Ce troisième niveau CHARLIE-CRP constitue la réponse prévue lorsque des éléments concrets indiquent qu’une attaque contre les infrastructures critiques est envisagée. Les voies placées sous ce dispositif bénéficient désormais de mesures renforcées, tandis que le reste du pays demeure au deuxième niveau, comme l’a précisé Donald Tusk. Les opérateurs ferroviaires doivent appliquer des contrôles étendus, vérifier les accès, accroître la présence de sécurité et coordonner leurs actions avec les services spécialisés afin de prévenir toute tentative d’intrusion ou de sabotage supplémentaire. Finalement, l’objectif affiché est clair : empêcher qu’une opération hostile puisse se répéter dans les mêmes conditions.
Un réseau ferroviaire pris pour cible par des saboteurs identifiés
La décision de Varsovie s’explique par la gravité des incidents survenus quelques jours auparavant. Selon Polskie Radio, un engin explosif militaire de type C-4 a été posé sur une voie reliant Varsovie à Lublin puis déclenché par un câble électrique d’environ 300 mètres, un procédé qui témoigne d’une préparation minutieuse. Cet acte, loin d’être isolé, s’inscrit dans une séquence de deux tentatives de sabotage visant la ligne Warszawa-Dorohusk. D’après le Warsaw Business Journal, deux citoyens ukrainiens agissant pour le compte du renseignement russe ont été identifiés comme les auteurs de ces opérations clandestines.
Le Premier ministre, cité par RFE/RL, a affirmé que dans les deux cas, il s’agissait « d’actes intentionnels visant à provoquer une catastrophe ferroviaire ». L’un de ces sabotages a failli engendrer un drame : un train transportant 475 passagers a dû effectuer un arrêt d’urgence après que les conducteurs ont constaté la présence d’un objet métallique posé sur les rails. Ce type d’attaque, qui aurait pu provoquer un déraillement, révèle une volonté manifeste de désorganiser le réseau et de générer un impact politique et sécuritaire majeur.
Mesures prolongées et cadre judiciaire renforcé pour protéger les infrastructures
L’activation du niveau CHARLIE-CRP n’est pas une mesure ponctuelle. Caliber rapporte qu’elle est entrée en vigueur à minuit sur toutes les lignes exploitées par PKP Polskie Linie Kolejowe et par PKP Linia Hutnicza Szerokotorowa, et qu’elle restera applicable jusqu’au 28 février 2026. Cette durée exceptionnelle témoigne de la conviction des autorités que la menace reste active et que de nouveaux incidents pourraient survenir si la surveillance n’était pas renforcée. Ce dispositif impose une vigilance soutenue, des inspections régulières et une coopération plus étroite entre opérateurs civils et forces de sécurité.
Parallèlement, le gouvernement a réaffirmé sa détermination à sanctionner sévèrement les auteurs de ces actes. Le ministre de la Justice a rappelé que les personnes impliquées encourent entre dix ans d’emprisonnement et la réclusion à perpétuité. Ce choix de communication vise à dissuader toute tentative future en soulignant que la législation polonaise traite désormais ces opérations clandestines comme des attaques terroristes. L’objectif final est d’empêcher que les saboteurs, quels que soient leurs commanditaires, puissent exploiter les failles du réseau ferroviaire qu’ils cherchent à perturber.








