La marine russe pourrait bientôt dire adieu à son unique porte-avions, l’Amiral Kouznetsov – un navire emblématique mais vraiment vieillissant, en proie à de nombreuses galères techniques et financières. Cette décision survient alors que la Russie continue de mettre le paquet sur son armée, tout en se heurtant à un sérieux manque de moyens dans le domaine aéronaval par rapport aux autres grandes puissances militaires. Le général Thierry Burkhard, qui est à la tête de l’état-major des armées, a récemment qualifié la Russie de possédant un « modèle d’armée complet », mais les soucis d’entretien et de modernisation du Kouznetsov montrent bien que tout n’est pas rose.
Un passé mouvementé de l’Amiral Kouznetsov
Mis en service en 1990 et officiellement accueilli cinq ans plus tard, l’Amiral Kouznetsov a marqué l’histoire militaire russe. Il a notamment été envoyé en Méditerranée orientale en octobre 2016 pour renforcer la présence militaire russe dans la région. Malheureusement, cette mission a viré au drame avec la perte de deux chasseurs embarqués – un MiG-29KUBR et un Su-33 – lors des tentatives d’appontage.
Depuis son retour, le porte-avions est en pleine modernisation à Severodvinsk, avec des travaux supplémentaires qui se déroulent aussi à Mourmansk. Ce chantier, initialement prévu pour trois ans, traîne maintenant depuis huit ans. Plusieurs incidents (dont la chute d’une grue, des incendies et des soucis de corruption) ont mis des bâtons dans les roues, illustrant les défis de maintenance auxquels font face de nombreuses marines.
Le sort du navire en suspens
D’après le quotidien russe Izvestia, la marine russe et la United Shipbuilding Corporation envisagent sérieusement d’abandonner la modernisation et de mettre le navire à la ferraille. Les travaux sont donc en pause en attendant une décision finale, motivée par un manque de financement et des questions sur l’intérêt stratégique de conserver un tel navire.
Un autre point qui pèse dans la balance, c’est le gros manque de marins qualifiés pour le faire fonctionner. La démobilisation des matelots expérimentés et la réaffectation des plus jeunes ont fait chuter le niveau de compétences au sein de la marine.
Et après, alors ?
Pour l’instant, aucun projet précis ne vise à remplacer l’Amiral Kouznetsov. Deux visions s’affrontent à ce sujet : d’un côté, l’amiral Sergueï Avakyants estime que ces porte-avions sont dépassés et coûteux, tandis que de l’autre, Vassili Dandykine et Ilya Kramnik tiennent à leur importance stratégique.
La Russie pourrait aussi jeter un œil à d’autres solutions pour donner un coup de boost à sa flotte aéronavale, comme l’a fait l’Espagne avec la modernisation de la flotte.
On parle par exemple de l’éventualité d’acheter des chasseurs embarqués J-35 ou des avions KJ600 auprès de la Chine, ou encore de développer une version navale du Su-75 « Checkmate » par Sukhoï.
Les porte-avions : mythe ou réalité aujourd’hui ?
L’amiral Sergueï Avakyants pense que les porte-avions classiques sont maintenant dépassés, surtout face aux armes modernes capables de les éliminer en un clin d’œil. Pour lui, l’avenir se trouve plutôt dans les systèmes robotisés et les drones. À l’opposé, Vassili Dandykine rappelle que des pays comme l’Inde et la Chine continuent d’investir dans leur flotte de porte-avions, montrant ainsi qu’ils gardent leur pertinence.
Ilya Kramnik ajoute qu’une flotte moderne ne peut pas se passer du soutien aérien qu’offre un porte-avions. Sans celui-ci, tout repose sur l’aviation côtière, ce qui limite franchement les capacités opérationnelles.
Le commandement de la Marine russe va devoir très vite se décider sur le futur de ce navire amiral. Ce choix déterminera non seulement l’avenir immédiat du Kouznetsov, mais aussi celui de la stratégie aéronavale russe dans son ensemble.








