Une déclaration inhabituelle. Un ton grave, sans équivoque. Et un timing qui interroge. Vendredi 11 juillet 2025, deux jours avant une intervention décisive d’Emmanuel Macron, le chef d’état-major des armées Thierry Burkhard a pris la parole. Rarement, un militaire de ce rang s’est exprimé publiquement avec autant de clarté. Ce qu’il a dit concerne chaque Français.
La France, désignée cible prioritaire par la Russie
Le vendredi 11 juillet 2025, lors d’une conférence de presse exceptionnelle, le chef d’état-major des armées Thierry Burkhard a prononcé une phrase lourde de conséquences : « La Russie a désigné la France comme son premier adversaire en Europe ». Une affirmation qu’il attribue directement à Vladimir Poutine, précisant : « C’est Vladimir Poutine qui a dit cela ».
Cette désignation n’est pas sans lien avec l’engagement militaire, logistique et diplomatique de Paris dans le soutien à l’Ukraine. Mais pour le général Burkhard, le danger est bien plus large : « La Russie est une puissance militaire nucléaire et conventionnelle. Elle possède tous les attributs d’un État totalitaire : une capacité de décision centralisée, un conditionnement de la population ».
Selon lui, Moscou mène une guerre hybride contre l’Occident, incluant désinformation, cyberattaques, sabotages d’infrastructures, espionnage, brouillage spatial et incursions sous-marines. Des sous-marins russes « pénètrent régulièrement en Atlantique Nord » avant de « descendre quelquefois en Méditerranée », a-t-il expliqué.
Sans annoncer de conflit direct imminent, Thierry Burkhard a néanmoins affirmé : « La guerre est déjà là en Europe ». Pour le général, la Russie représente « une menace durable, proche et dimensionnante » à l’horizon 2030. L’objectif de Vladimir Poutine serait de « démanteler l’OTAN » et « affaiblir l’Europe ».
La menace prend plusieurs formes. Dans les airs, « les frictions sont fréquentes » avec les aéronefs russes, que ce soit « en mer Noire, au-dessus de la Syrie, en Méditerranée ou en Atlantique Nord ». Dans l’espace, Moscou multiplie les manœuvres de satellites pour « brouiller ou espionner les trajectoires » françaises.
Les campagnes de désinformation orchestrées en France et en Afrique par des relais russes sont également une composante majeure de cette guerre invisible. Le général cite notamment des « actes d’influence pour fragiliser notre cohésion nationale ».
Terrorisme, climat, cybersécurité : les autres menaces
Au-delà du risque russe, Thierry Burkhard a dressé un état des lieux global des menaces contemporaines. Il évoque « la superposition des crises », citant le Comité international de la Croix-Rouge : « Il y a trente ans, le CICR comptait 30 conflits actifs. Aujourd’hui, on en dénombre 120 ».
Le terrorisme, selon lui, « n’a pas disparu ». Il est traité « en amont » grâce aux progrès des services de renseignement. Mais il reste une menace « réelle, présente » sur le territoire. Il rappelle aussi que la cybercriminalité ne vise plus uniquement les institutions militaires : hôpitaux, PME, écoles et collectivités locales sont des cibles courantes.
Le réchauffement climatique est également pointé du doigt comme un facteur de déstabilisation : « Il est souvent catalyseur de chaos ». Inondations, incendies, cyclones : chaque catastrophe met l’État sous pression et alimente les discours de défiance.
Cette prise de parole ne relève pas du hasard. Elle intervient 48 heures avant une allocution d’Emmanuel Macron sur la stratégie de défense nationale. Selon Burkhard, la France doit faire preuve de « lucidité » et éviter « le déni ». Il espère contribuer à « une prise de conscience généralisée » et rompre avec « l’accoutumance à la violence ».
Il se garde de chiffrer les efforts à fournir, mais alerte sur les limites actuelles : « Même si elle dispose d’une armée complète, les moyens de la France sont limités ». Les lois de programmation militaire ont renforcé les budgets, mais la situation internationale évolue plus vite que prévu.
La France n’est « pas aveugle » aux mutations géopolitiques, mais elle doit s’adapter à un monde dans lequel la puissance de nuisance est devenue l’arme principale des grandes puissances concurrentes. Et parmi elles, la Russie, plus que jamais, désigne la France comme son ennemi principal sur le Vieux continent.








