Téhéran encaisse le choc. Après les frappes américaines et israéliennes de juin 2025, les services français confirment un ralentissement du programme nucléaire iranien.
Le programme nucléaire iranien sévèrement atteint
Selon Nicolas Lerner, directeur général de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les frappes aériennes menées en juin 2025 ont provoqué un « indéniable » retard sur le programme nucléaire iranien. Interrogé sur LCI le 8 juillet 2025, il a précisé : « indéniablement plusieurs mois à coup sûr, indéniablement un retard sur le programme tel qu’il était conçu de manière industrielle ». Cette évaluation s’applique à toutes les étapes du processus nucléaire : enrichissement de l’uranium, conception de l’arme, et intégration dans un vecteur balistique. « Chacune de ces étapes a été très sérieusement touchée, très sérieusement endommagée », a-t-il insisté, soulignant que ce ralentissement était réel mais susceptible d’être affiné.
Si Paris parle de « plusieurs mois » de retard, Washington évoque un horizon bien plus long. Le 2 juillet 2025, le porte-parole du Pentagone déclarait que le programme iranien avait été repoussé « d’un à deux ans au moins », prenant à contre-pied un rapport préliminaire top secret qui évoquait seulement quelques mois. Cette disparité montre à quel point l’évaluation reste délicate, même au plus haut niveau. Nicolas Lerner en convient : « aucun service de renseignement du monde n’est capable […] d’avoir une évaluation parfaite, totale de ce qui a pu se passer ». La prudence s’impose donc, notamment face à un adversaire capable d’opérer dans la clandestinité.
Uranium enrichi : la matière reste introuvable
Le point le plus préoccupant demeure le sort du stock d’uranium enrichi. Nicolas Lerner indique que « 450 kg d’uranium enrichi » sont toujours considérés comme entre les mains du régime iranien, bien que des dommages partiels aient pu être infligés lors des frappes. Ce chiffre, extrêmement sensible, rend cruciale la reprise des contrôles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). « Nous ne sommes pas en capacité de le tracer avec certitude », avertit-il, avant de rappeler : « c’est pour ça que c’était tellement important » que l’AIEA poursuive ses inspections. Or, depuis début juillet 2025, l’Iran a officiellement suspendu sa coopération avec l’agence onusienne.
Les services français insistent sur une nécessité immédiate : permettre le retour de l’AIEA en Iran. En l’absence d’accès direct, impossible de confirmer la destruction, le déplacement ou la dissimulation du stock d’uranium enrichi. « Deux éléments invitent à la prudence », indique Nicolas Lerner : le devenir du stock stratégique et la possibilité que Téhéran poursuive ses activités nucléaires en secret. En l’état, la communauté internationale travaille à l’aveugle. Et les conséquences géopolitiques de ce brouillard d’incertitude pourraient se révéler explosives à moyen terme. C’est le moins qu’on puisse dire.








