Que faisait ce navire de guerre russe sur les côtes françaises ?

Un navire russe a traversé la Manche sous un faux pavillon, suscitant l’inquiétude des autorités européennes.

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Que faisait ce navire de guerre russe sur les côtes françaises ?
Que faisait ce navire de guerre russe sur les côtes françaises ? © Armees.com

Le dimanche 22 juin, on a assisté à un épisode pour le moins original en mer : la corvette russe Boïkiy a sillonné la Manche, missiles guidés à bord. Ce passage, tout près des côtes françaises et britanniques, a fait lever quelques sourcils chez les autorités maritimes européennes. Le Boïkiy, revenant d’une mission diplomatique en Guinée, a choisi de longer le détroit du Pas-de-Calais tout en cachant sa véritable identité, ce qui a poussé les forces navales européennes à le surveiller de très près.

Des pratiques maritimes étonnantes

La corvette Boïkiy s’est démarquée par une technique de camouflage numérique assez surprenante. En coupant son système d’identification automatique (AIS – qui normalement permet de repérer un navire), elle est apparue sous le code générique « 400000000 ». Ce code est utilisé par les navires qui veulent signaler leur présence sans dévoiler qui ils sont. Ce signal a été relevé au large des îles Canaries, attestant ainsi de la trajectoire suivie par le Boïkiy après sa mission en Guinée. Les images satellites et vidéos ont confirmé l’identité du navire, notamment lorsqu’il passait sous le pont danois du « Great Belt ». Un ancien officier de la Marine belge a d’ailleurs qualifié cette manœuvre d’extrêmement inhabituelle.

Le Boïkiy n’était pas seul durant sa traversée. Il était accompagné de deux pétroliers, le Sierra et le Naxos, tous deux sanctionnés par le Royaume-Uni pour avoir transporté du pétrole russe en infraction avec les embargos en vigueur. Ces pétroliers feraient partie de la « shadow fleet » russe et voguent sous des pavillons de complaisance, ce qui rend l’identification de leur véritable propriétaire particulièrement difficile. Par ailleurs, l’escorte militaire autour du Boïkiy visait à dissuader toute tentative d’interception par les marines occidentales.

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Réactions officielles et retombées stratégiques

La traversée du Boïkiy n’est restée ni inaperçue ni silencieuse pour les autorités britanniques et françaises. Le service enquête de la BBC a d’ailleurs contacté le ministère britannique de la Défense pour obtenir des précisions officielles. De son côté, la Marine anglaise a suivi le navire russe de près pendant toute sa traversée. Du côté français, l’Armédit a indiqué que « la frégate russe BOIKIY a été suivie de manière continue par un bâtiment de la Marine nationale tout au long de son transit au large des côtes françaises, en coopération avec les alliés de l’OTAN », illustrant la surveillance du navire russe. Cette observation s’inscrit dans le cadre des missions régulières menées par la Marine nationale dans l’Atlantique.

La Manche représente une voie maritime stratégique pour les échanges commerciaux européens, bordée par la France et le Royaume-Uni. Le passage d’un navire militaire étranger dans ce secteur sensible suscite naturellement des interrogations sur les tensions géopolitiques dans la région.

Un incident en mer au large de la Libye

Parallèlement à l’affaire du Boïkiy, un autre incident maritime a eu lieu au large de la Libye le vendredi 27 juin. Le navire Vilamoura, battant pavillon des Îles Marshall et géré par TMS Tankers, a subi une explosion qui a provoqué une voie d’eau et inondé sa salle des machines. Même s’il n’a été signalé ni victime, ni pollution, cet événement rappelle les risques du trafic maritime dans cette zone instable.

Le Vilamoura transportait un million de barils de pétrole brut, chargé au terminal libyen Zuetina. D’après les services secrets ukrainiens, ce navire ferait partie d’une « flotte fantôme » impliquée dans le trafic illégal d’hydrocarbures russes. Plusieurs hypothèses circulent pour expliquer l’explosion : l’une évoque une opération ukrainienne, tandis que d’autres pointent du doigt des affrontements entre groupes libyens qui influenceraient le marché pétrolier.

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