Le 27 juin 2025, Orange a annoncé la création d’une Direction Défense & Sécurité (DD&S), rattachée à sa filiale Orange Business. Dans un contexte de résilience stratégique et de tensions cyber accrues, l’entrée d’un opérateur télécom dans le cœur du dispositif souverain interroge et intrigue. Pour les armées, les industriels et les institutions de sécurité, c’est un signal clair : Orange s’affirme comme un acteur militaire à part entière.
Orange s’intègre dans l’architecture de défense nationale
Désormais structurée comme une division à part entière, la Direction Défense & Sécurité d’Orange vise les secteurs régaliens. L’opérateur adresse prioritairement les besoins des forces armées, des services de renseignement, des ministères de la sécurité intérieure, mais aussi ceux des opérateurs d’importance vitale (OIV). Cette structure est dirigée par Nassima Auvray, ex-directrice grands comptes publics chez Orange Business, et regroupe plusieurs centaines de spécialistes en cybersécurité, communications critiques, interopérabilité de réseaux et cloud souverain.
La division s’appuie sur des solutions de « cyber threat intelligence », des outils d’analyse de vulnérabilité, et des infrastructures adaptées aux normes de sécurité les plus élevées (SecNumCloud, PDIS, certifications ANSSI). L’objectif ? Offrir aux acteurs de la défense des services de connectivité sécurisée, de stockage souverain et de surveillance des menaces cyber sur mesure.
Un positionnement stratégique au sein du dispositif capacitaire français
La création de cette entité s’intègre dans le plan stratégique « Lead the Future » d’Orange, dont l’ambition est d’ancrer durablement le groupe dans les chaînes de valeur critiques. Pour Aliette Mousnier-Lompré, directrice générale d’Orange Business, « la défense et la sécurité sont des secteurs complexes et exigeants, qui nécessitent une approche spécialisée, des expertises dédiées et une compréhension fine des enjeux de souveraineté et de résilience ».
Ce positionnement permet à Orange d’agir comme intégrateur souverain dans les projets duals, en complémentarité avec les grands industriels de l’armement et les structures étatiques. Il s’agit non seulement de répondre à des besoins immédiats (cybersécurité, cloud de confiance), mais aussi d’accompagner l’évolution des capacités numériques des armées, en facilitant l’interopérabilité des systèmes, y compris dans des environnements tactiques déployés.
Vers un rôle clé dans la résilience technologique des forces
Les applications militaires envisagées sont multiples. Grâce à ses actifs télécoms (backbone fibre, réseaux satellitaires, 5G privée), Orange pourrait soutenir les communications résilientes dans les théâtres d’opération. Par ailleurs, sa compétence en cyberdéfense et en surveillance des flux offre une capacité d’alerte avancée pour les centres de commandement.
Orange pourrait aussi renforcer la couche numérique des opérations interarmées. Des services de cloud sécurisé adaptés aux classifications spécifiques, des capacités IA embarquées pour le traitement de données terrain ou encore des solutions de communication cryptées à bas débit figurent parmi les briques proposées à l’État.
Ce positionnement soulève naturellement la question de l’intégration dans les programmes capacitaires. En se dotant d’une direction spécifiquement tournée vers la défense, Orange pourrait à terme postuler à des segments jusqu’ici réservés aux industriels traditionnels comme Thales, Atos ou Airbus Defence & Space.
Une doctrine industrielle émergente dans la défense numérique
Ce choix n’est pas anodin : il reflète une évolution de la doctrine industrielle française en matière de sécurité numérique. Les opérateurs télécoms ne sont plus de simples fournisseurs d’infrastructure, mais des acteurs de la souveraineté, capables d’héberger des données sensibles, de construire des systèmes de communication militaires et de déployer des cybercapacités défensives.
Avec la DD&S, Orange formalise sa réponse à cet impératif. En centralisant ses ressources critiques, l’opérateur ambitionne de devenir un guichet unique pour les forces armées et les structures de l’État, sur les thématiques les plus sensibles : traitement de données classifiées, cybersurveillance, résilience des réseaux critiques, détection d’attaques, continuité d’activité.
Ce tournant, s’il est suivi d’investissements ciblés, pourrait aussi ouvrir à Orange les portes de coopérations européennes de type PESCO ou EDF (European Defence Fund), notamment sur les infrastructures souveraines, les communications chiffrées ou les clouds tactiques.
Un nouvel entrant dans l’écosystème militaire français
L’entrée d’Orange dans le domaine défense et sécurité marque une étape structurante pour l’écosystème français. Elle ouvre un accès direct à des briques technologiques nationales intégrées, sur des volets critiques jusque-là morcelés entre plusieurs fournisseurs. Pour les partenaires industriels, elle propose une consolidation potentielle autour d’un acteur capable de mutualiser connectivité, cybersécurité et cloud souverain.
Le signal envoyé est double : la guerre numérique ne se gagne pas sans industrie, et la souveraineté numérique se construit aussi dans la fibre, les serveurs, les signaux et les flux.








