Mobilisée par Donald Trump pour rétablir l’ordre à Los Angeles, la Garde nationale américaine s’est retrouvée au centre d’un conflit institutionnel.
Garde nationale : une armée au service de deux commandements
La Garde nationale des États-Unis est une organisation particulière. Créée officiellement en 1916, elle repose sur un système de double commandement : les gouverneurs des États la contrôlent en temps normal, mais le président peut, dans certaines circonstances précises, en prendre le contrôle. Elle est composée de deux branches : l’Army National Guard et l’Air National Guard, qui complètent les forces régulières.
Les membres de la Garde sont des civils volontaires, agriculteurs, ingénieurs, enseignants ou informaticiens, qui s’entraînent régulièrement et peuvent être mobilisés en cas d’urgence. Au total, ils sont environ 500 000 à travers le pays.
Le 7 juin 2025, Donald Trump a ordonné le déploiement de 4 000 gardes nationaux à Los Angeles, où des affrontements avaient éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Ces troubles sont survenus dans un contexte de protestation contre les expulsions de sans-papiers, conduites dans des quartiers hispanophones de la ville.
Mais cinq jours plus tard, le juge fédéral Charles Breyer a suspendu l’ordre présidentiel. Il a estimé que Trump « n’avait pas suivi la procédure requise par le Congrès pour ses actes » et a exigé que le contrôle revienne au gouverneur de Californie, Gavin Newsom.
Un précédent dans l’histoire de l’usage intérieur des forces militaires
La Garde nationale est régulièrement mobilisée sur le sol américain en soutien aux autorités locales : après l’ouragan Katrina en 2005, ou lors des manifestations de 2020 qui ont suivi la mort de George Floyd. En revanche, son intervention lors de l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021, a été retardée. Bien que sollicitée en urgence par le Congrès et par le maire de Washington D.C., son déploiement n’a été autorisé qu’après plusieurs heures, dans un climat de grande confusion.
Mais l’enjeu, ici, porte sur le cadre légal de son utilisation. La loi impose que le président suive des procédures précises pour prendre le contrôle de ces forces, notamment l’accord ou l’information préalable du Congrès. Ce point a été au cœur du jugement rendu le 12 juin 2025.
Le cas californien illustre un malaise plus large : celui de l’utilisation des forces armées, même de réserve, à des fins de gestion de l’ordre public intérieur.
L’administration Trump a défendu sa position en affirmant qu’il s’agissait d’un cas de force majeure. Le ministère de la Justice a déclaré qu’interdire ce déploiement revenait à « une ingérence extraordinaire dans les pouvoirs constitutionnels du président ».
Mais pour Gavin Newsom, ce recours à la force militaire était disproportionné. « Ce n’est pas un monarque, ce n’est pas un roi », a-t-il déclaré, dénonçant un usage politique d’un outil de sécurité.








