Le chasseur furtif américain F-35 Lightning II est aujourd’hui l’un des avions de combat qui suscite le plus de controverse quant à ses capacités. Encensé pour ses performances technologiques, critiqué pour ses limitations contractuelles et déploiements stratégiques, il incarne à lui seul les tensions de la guerre moderne. De la conception à la commercialisation, en passant par les retours du terrain, l’avion soulève des débats techniques et géopolitiques inédits.
Conçu pour dominer le ciel : la naissance du Lockheed Martin F-35 Lightning II
Développé dans le cadre du programme JSF (Joint Strike Fighter), le Lockheed Martin F-35 Lightning II est un avion de chasse multirôle de cinquième génération conçu par les États-Unis. Il est le fruit d’un appel d’offres lancé en 1996 par le Pentagone afin de créer un chasseur unique capable de remplacer plusieurs types d’appareils dans les forces américaines. Lockheed Martin remporta le contrat en 2001, avec le prototype X-35.
L’avion est décliné en trois versions : le F-35A pour les pistes classiques, utilisé principalement par l’US Air Force, le F-35B à décollage court et atterrissage vertical, adopté notamment par les Marines américains, et le F-35C, version navalisée pour les porte-avions.
Avec une longueur de 15,7 mètres, une envergure de 10,7 mètres et une masse maximale au décollage de près de 31 tonnes, l’appareil est propulsé par un turboréacteur Pratt & Whitney F135 délivrant 43 000 livres de poussée avec postcombustion. Il atteint une vitesse de Mach 1,6 (soit environ 1 900 km/h) et dispose d’un rayon d’action opérationnel de 1 000 kilomètres, extensible à 2 800 kilomètres avec réservoirs externes.
Son principal atout : la furtivité radar, couplée à une suite électronique ultramoderne. L’avion dispose d’un système de fusion de données et d’un radar AESA AN/APG-81 lui permettant d’identifier et de traiter simultanément des cibles multiples sur tous les spectres de combat. L’appareil est considéré comme une plateforme de supériorité informationnelle, bien plus qu’un simple vecteur d’armement.

Des caractéristiques qui divisent : puissance militaire ou prison technologique ?
Le F-35 est vendu comme une « plateforme de supériorité totale », mais certains militaires dénoncent sa dépendance aux systèmes américains. Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux, déclare : « On va tout de suite arrêter avec les fausses rumeurs : il n’y a pas de ‘kill switch’. […] Il n’y a pas non plus de prise en mains de l’avion par les Américains » ( cité dans Science & Vie, 2024). Toutefois, il reconnaît que l’appareil doit se connecter tous les 90 jours à un logiciel de maintenance centralisé, sans quoi il est désactivé.
Cette dépendance au système ALIS (Autonomic Logistics Information System) soulève des inquiétudes stratégiques, notamment en Europe et au Canada, où le refus de Lockheed Martin de partager le code source a été perçu comme une atteinte à la souveraineté nationale.
Le F-35 sur le terrain : déploiements, utilisateurs et opérations
À ce jour, plus de 1 200 exemplaires du F-35 ont été livrés dans le monde. Il est en service dans plusieurs pays alliés des États-Unis : Israël, Royaume-Uni, Italie, Norvège, Japon, Australie, Pays-Bas, Belgique, Danemark, Pologne, Corée du Sud, Finlande et Allemagne, entre autres.
L’avion a été engagé au combat pour la première fois par l’armée israélienne en mai 2018 lors d’opérations en Syrie. Depuis, il a également été utilisé dans des missions de dissuasion en mer de Chine, par les Marines américains et la Royal Navy.
Les pilotes louent l’agilité de l’appareil, la précision de ses capteurs et la qualité de sa liaison de données. Plusieurs rapports soulignent que le F-35 permet aux forces alliées d’opérer en réseau dans des environnements hautement contestés.
En mai 2025, la Norvège a été le premier pays à achever sa commande complète de 52 F-35A, confirmant la centralité de l’appareil dans sa stratégie de défense.
Une machine commerciale au service de Lockheed Martin
Le F-35 est commercialisé par Lockheed Martin, géant de l’aéronautique basé à Bethesda, Maryland. Chaque appareil coûte entre 80 et 100 millions de dollars américains (environ 74 à 93 millions d’euros selon le taux de change), selon la version et les options.
L’entreprise a signé des accords avec plus de 17 pays et prévoit de livrer entre 170 et 190 avions en 2025, un record pour la série. Des négociations sont également en cours avec l’Espagne et la Grèce, et de nouveaux contrats devraient être conclus avant la fin de l’année.
Lockheed Martin anticipe une production continue au-delà de 2030, avec des évolutions comme l’intégration de missiles hypersoniques et de capacités d’autonomie pilotée.
Entre avancées technologiques et tensions stratégiques
La question de la souveraineté reste un point de crispation majeur. Un rapport publié par The Times révèle que les États-Unis pourraient désactiver les F-35 allemands en cas de conflit d’intérêts avec la politique américaine, renforçant les critiques sur la mainmise technologique de Lockheed Martin.
Pour autant, les perspectives techniques du F-35 sont impressionnantes. L’appareil pourrait devenir « pilot optional » d’ici deux ans, grâce à l’intégration des technologies issues du programme NGAD (Next Generation Air Dominance).
Le Lockheed Martin F-35 Lightning II n’est pas simplement un avion de chasse : c’est une plateforme géostratégique complète, capable de remodeler les équilibres de puissance au XXIe siècle. Convoité, critiqué, redouté, il incarne à la fois les promesses de la guerre connectée et les dangers d’une dépendance technologique. Son avenir, lié à celui des conflits modernes, se jouera autant dans les airs que dans les négociations diplomatiques.








