Zelensky seul contre tous : l’Europe doit enfin payer

Publié le
Lecture : 3 min
Zelensky seul contre tous : l'Europe doit enfin payer
Zelensky seul contre tous : l'Europe doit enfin payer | Armees.com

Zelensky résiste à Trump, tient tête à Poutine, et rappelle à l’Europe qu’elle ne peut plus se payer le luxe de la naïveté géopolitique. Mais pendant que le président ukrainien se bat sur tous les fronts diplomatiques, la question budgétaire reste entière : qui finance réellement la défense du continent ? Certainement pas la France, dont les arbitrages militaires restent insuffisants face à l’ampleur de la menace.

2,1 %

Part du PIB consacrée à la défense par la France en 2026, encore en deçà de l’objectif OTAN de 2 % réellement atteint — et très loin des 4 % polonais.

—

Zelensky, un homme seul dans un monde brutal

La formule de Volodymyr Zelensky résonne comme un aveu autant que comme une victoire : il est « plus facile » de parler à Donald Trump qu’à Vladimir Poutine. Dans la bouche d’un chef d’État dont le pays est en guerre depuis plus de quatre ans, c’est presque un compliment adressé au locataire de la Maison-Blanche. Mais derrière cette diplomatie de l’équilibriste, une réalité s’impose : l’Ukraine tient debout essentiellement par sa propre volonté, soutenue par des alliés dont l’engagement reste conditionnel, intermittent, et parfois franchement calculateur.

Ce qui frappe, c’est la solitude stratégique de Kyiv. Trump presse, Poutine temporise, et les Européens palabrent lors de sommets qui produisent des communiqués soignés mais peu de munitions. Le sommet des Vingt-Sept de ce vendredi en est l’illustration parfaite : les chefs d’État européens se réunissent pendant que les soldats ukrainiens se battent. Force est de constater que nous excellons dans l’art de la réunion et pemons dans celui de la décision.

La vraie question n’est pas de savoir si Zelensky adopte le bon ton avec Trump. La vraie question est : dans dix-huit mois, si Washington se désengageait partiellement, l’Europe serait-elle capable de prendre le relais militairement et financièrement ? La réponse honnête est non.

L’Europe de la défense : des ambitions sans les chéquiers

Depuis 2022, les discours sur l’autonomie stratégique européenne se multiplient. Les sommets se succèdent, les plans se superposent, les acronymes prolifèrent — Edip, Asap, PESCO — et pendant ce temps, les lignes de production d’obus peinent à monter en cadence. L’industrie de défense européenne a été délibérément atrophiée pendant trente ans de dividende de la paix. On ne rattrape pas trois décennies de désinvestissement en dix-huit mois de bonnes intentions.

La France, qui se targue d’être la première puissance militaire de l’Union européenne depuis le Brexit, consacre 2,1 % de son PIB à la défense. C’est mieux qu’hier, mais insuffisant pour prétendre à un leadership crédible. La Pologne, elle, dépasse les 4 %. Les pays Baltes ont compris depuis longtemps ce que nous découvrons encore : la liberté a un prix, et ce prix se compte en euros investis dans les blindés, les missiles et la cyberdéfense — pas dans les comités Théodule.

Notre industrie de défense — Thales, KNDS, Safran, Naval Group — possède les savoir-faire. Ce qui lui manque, c’est la commande publique prévisible, les contrats pluriannuels sécurisés et une vision claire de montée en puissance. Sans cela, même les meilleurs ingénieurs ne peuvent pas produire de miracles.

Ce que Zelensky nous dit sans le dire

En tenant tête simultanément à Trump et à Poutine, Zelensky nous envoie un message que nous ferions bien d’entendre : la souveraineté ne se négocie pas, elle se défend — avec des moyens concrets. La France et l’Europe peuvent admirer le courage ukrainien depuis leurs salons climatisés, ou décider enfin que la défense du continent est un investissement prioritaire, non une variable d’ajustement budgétaire.

Je pose la question simplement : si nous ne sommes pas capables de financer sérieusement nos armées en temps de guerre aux portes de l’Europe, à quel moment le ferons-nous ?

A lire aussi :

Laisser un commentaire

Share to...