L’abattement des retraités : un symbole qui coûte des chars

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L'abattement des retraités : un symbole qui coûte des chars | Armees.com

Pendant que la France débat avec passion de l’abattement fiscal des retraités, ses alliés européens financent leur réarmement. Ce n’est pas une guerre des générations. C’est une guerre des priorités. Et pour l’instant, la défense perd.

4,4 milliards €

Coût annuel estimé de l’abattement fiscal de 10% dont bénéficient les retraités en France — soit l’équivalent de la moitié du budget d’équipement des armées.

Une niche fiscale qui pèse autant que nos munitions

Les députés se sont écharpés cette semaine sur l’abattement fiscal des retraités. Le ministre des Comptes publics les accuse de « broyer la jeunesse ». La scène est pittoresque. Elle est surtout révélatrice d’une France incapable de hiérarchiser ses priorités budgétaires.

Mettons les chiffres sur la table. Cet abattement de 10% sur les pensions, plafonné à un peu plus de 4 000 euros par an, représente environ 4,4 milliards d’euros de manque à gagner pour le Trésor. C’est considérable. C’est aussi exactement le genre de dépense fiscale que personne n’a jamais sérieusement évaluée — ni sur son efficacité sociale, ni sur son coût d’opportunité stratégique.

Car 4,4 milliards, en matière de défense, ce n’est pas rien. C’est la quasi-totalité du budget annuel consacré aux munitions et à l’entretien programmé du matériel. C’est deux fois le financement annuel du programme SCORPION de modernisation de l’armée de Terre. On peut trouver légitime de protéger le pouvoir d’achat des retraités. On peut aussi se demander à quel moment la France décidera que sa survie stratégique vaut au moins autant que ses niches fiscales héritées des années 1980.

La LPM tient sur du sable fiscal

La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 affiche une ambition réelle : porter le budget de la défense à 2% du PIB d’ici 2030, soit environ 69 milliards d’euros annuels. Beau programme. Problème : les recettes qui doivent financer cet effort restent largement virtuelles.

La trajectoire budgétaire de la LPM repose sur une hypothèse de croissance qui se révèle chaque trimestre plus optimiste que la réalité. Pendant ce temps, les parlementaires votent contre chaque mesure de redressement des comptes — l’abattement retraites cette semaine, autre chose la semaine prochaine. Et le déficit public, lui, continue de caracoler aux alentours de 5% du PIB.

Regardons ce que font nos voisins. L’Allemagne a créé un fonds spécial de 100 milliards d’euros dédié à la Bundeswehr — financé par de la dette extraordinaire certes, mais fléché, sanctuarisé, irréversible. La Pologne consacre désormais 4% de son PIB à la défense et signe des contrats fermes avec ses industriels. La Suède a réintroduit le service militaire obligatoire et augmenté ses effectifs de 40% en cinq ans. En France, on débat de l’abattement fiscal des retraités à l’Assemblée nationale.

Choisir, c’est renoncer — et c’est urgent

Force est de constater que la France a un problème structurel : elle veut tout financer sans jamais rien arbitrer. La dépense publique représente 58,2% du PIB — record européen partagé avec personne. Dans cet océan de dépenses, la défense reste le parent pauvre des arbitrages sérieux.

L’enjeu n’est pas moral. Il n’est pas générationnel. Il est proprement stratégique. Maintenir une niche fiscale coûteuse sans l’évaluer, c’est faire un choix. Ce choix, c’est celui de ne pas financer un char Leclerc supplémentaire, une frégate de surveillance, un drone de combat.

Les parlementaires qui ont voté contre le rabot cette semaine portent une responsabilité. Pas celle de défendre les retraités — c’est leur droit. Celle de ne proposer aucune alternative de financement pour l’effort de défense. Le courage politique, en 2026, c’est d’assumer les arbitrages que la situation impose. Pas de les fuir dans les applaudissements de l’hémicycle.

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