Transporter des munitions, évacuer des blessés, surveiller une position : les robots terrestres remplissent déjà de nombreuses missions en Ukraine. L’ancien ministre de la Défense Mykhailo Fedorov veut aller plus loin avec « Army of Robots ». Ses objectifs sont ambitieux, mais leur réalisation reste à démontrer.
Des milliers de missions, surtout pour protéger les soldats
Avant les robots à silhouette humaine, de petits véhicules à roues ou à chenilles changent déjà le quotidien des unités ukrainiennes. Le relevé original du système militaire DELTA, publié par le ministère ukrainien de la Défense, recense plus de 9.000 missions de robots terrestres en mars 2026. Elles étaient un peu plus de 2.900 en novembre 2025. En mars, 167 unités utilisaient ces engins, contre 67 quatre mois plus tôt. La progression s’est poursuivie : fin juillet, le ministère faisait état de 66.300 missions depuis le début de l’année et de plus de 22.000 systèmes terrestres contractualisés. Ces chiffres viennent des autorités ukrainiennes. Ils réunissent des opérations de combat, de transport et d’évacuation. Ils ne représentent donc ni 66.300 attaques ni autant de robots différents.
Sur le front, la priorité consiste souvent à faire circuler du matériel sans exposer une équipe. Un engin télépiloté peut apporter des munitions, acheminer des vivres ou aller chercher un blessé dans une zone menacée. Certains modèles servent aussi à la reconnaissance ou à l’appui armé. En janvier, le ministère de la Défense précisait que la majorité des missions terrestres restaient logistiques. Ces machines ont besoin d’opérateurs formés, de batteries, de liaisons fiables et de réparations. Elles peuvent être détruites ou immobilisées. Leur intérêt immédiat est de réduire l’exposition des militaires lors de tâches dangereuses et répétées. Leur efficacité dépend aussi de la capacité à les entretenir et à les remplacer. La robotisation du front ukrainien est donc déjà une réalité pratique, même si elle repose encore largement sur des personnes qui commandent les appareils à distance.
« Army of Robots » fixe un cap pour l’Ukraine
C’est sur cette expérience que Mykhailo Fedorov veut bâtir une nouvelle initiative. Le 26 septembre 2026, à la conférence IT Arena de Lviv, l’ancien ministre ukrainien de la Défense a présenté « Army of Robots ». Selon Oboronka, dont un journaliste assistait à la présentation, Fedorov souhaite qu’un robot humanoïde tue un soldat russe dans les six mois suivant le lancement du projet. Il vise aussi, sous douze mois, une opération coordonnée entre robots terrestres et drones. Le Kyiv Independent rapporte un objectif plus précis pour cette seconde échéance : réussir l’assaut d’une position sans engager d’infanterie. Il s’agit d’objectifs annoncés, et non de capacités démontrées. Pour commencer, Fedorov évoque des gestes plus simples à confier aux humanoïdes, comme remplacer une batterie, poser un capteur ou recharger une arme. Le projet recrute des ingénieurs, recherche des entreprises partenaires et sollicite des investisseurs.
Entre cette ambition et un déploiement régulier, plusieurs obstacles subsistent. La vidéo diffusée lors du lancement présente des machines de formes variées, mais la plupart des modèles montrés ne sont pas employés au combat en Ukraine, relève le Kyiv Independent. Un appareil destiné au front doit pouvoir se déplacer sur un terrain abîmé, conserver assez d’énergie et recevoir des ordres malgré les perturbations. Il faut aussi distinguer un robot armé d’une arme autonome. Un opérateur peut piloter une machine et décider lui-même de tirer ; voir un robot combattre ne signifie pas qu’un algorithme choisit sa cible. Cette distinction nourrit un débat international. En août, l’ONU et le Comité international de la Croix-Rouge ont de nouveau demandé des règles contraignantes pour les armes capables de sélectionner et d’attaquer des cibles sans contrôle humain. Pour l’Ukraine, le prochain défi sera de vérifier ce que ces nouvelles machines peuvent accomplir sur le terrain, tout en établissant clairement qui garde la maîtrise d’une frappe.








