Annonces tonitruantes, chiffres vertigineux, contrats tous azimuts… La dernière tournée de Donald Trump au Moyen-Orient a fait beaucoup de bruit. Mais derrière les déclarations, que pèsent vraiment les accords ?
« Il n’y a jamais eu de tournée pouvant rapporter 4.000 milliards de dollars. » La phrase est de Donald Trump. Le chiffre aussi. Mais que disent les chiffres officiels ? C’est là que les choses se corsent.
Trump : une tournée calibrée pour le spectacle
Il fallait un coup d’éclat. Donald Trump l’a servi sur un plateau. Trois jours, trois escales : Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis. Et à l’arrivée, une promesse à faire tourner les têtes : « C’est une tournée historique. Il n’y a jamais eu de tournée pouvant rapporter, au total, 3.500 à 4.000 milliards de dollars en seulement quatre ou cinq jours ». C’est simple, selon lui, aucun autre président des États-Unis n’a jamais ramené autant d’argent d’un seul déplacement.
Mais sur les trois pays visités, seuls deux ont fourni des chiffres concrets. L’Arabie saoudite affiche 600 milliards de dollars d’investissements et de commandes, tandis que le Qatar aligne 1 200 milliards de dollars. Soit un total de 1 800 milliards. Moins de la moitié de l’objectif annoncé. Alors, où sont passés les 2 200 milliards restants ?
Pour combler l’écart, Trump parie sur les Émirats arabes unis, ultime étape de sa tournée. Et là encore, les annonces pleuvent. Le président émirien promet « 1.400 milliards de dollars aux États-Unis au cours des dix prochaines années ». Une somme impressionnante… mais étalée sur une décennie. Or, Trump parle de quatre jours. Cherchez l’erreur.
Ce n’est pas tout. Dans son calcul, l’ancien promoteur immobilier additionne tout : les contrats fermes, les déclarations d’intention, les protocoles d’accord, voire des projets hypothétiques. Un patchwork chiffré qui ne permet aucun suivi sérieux. Exemple : la commande géante de 96 milliards de dollars passée par Qatar Airways à Boeing, ou les « 38 milliards de dollars d’investissement potentiels » dans le domaine de la sécurité entre Doha et Washington. Rien n’indique à ce jour que tous ces engagements seront effectivement honorés.
Le business avant tout !
Cette déferlante de chiffres n’a rien d’innocent. Car Trump ne signe pas que des contrats : il déroule aussi sa vision diplomatique. Première étape : Riyad, symbole fort d’une alliance resserrée avec les monarchies du Golfe. Objectif ? Réaffirmer que les affaires et la géopolitique sont, pour lui, les deux faces d’une même médaille.
Mais certains gestes interrogent. La levée des sanctions américaines contre la Syrie en plein cœur de la tournée, ou encore l’accord passé avec Ahmed el-Charaa, un homme encore considéré comme terroriste par Washington quelques mois plus tôt, laissent perplexes. À vouloir conclure à tout prix, Trump brouille les lignes. Y compris celles des alliances traditionnelles : Israël est snobé par le 47e Président des États-unis. Ce dernier est agacé par la politique que mène actuellement Benyamin Netanyahou à Gaza.
En façade, le succès est total. Vente record d’armements, engagement massif des géants technologiques (Nvidia, Oracle, Uber), investissements dans les infrastructures et l’intelligence artificielle… L’Amérique paraît rafler la mise. Et Trump jubile. « En tant que négociateur en chef, la dernière réussite du président Trump au Qatar est une nouvelle victoire pour l’Amérique », claironne la Maison-Blanche.
Mais cette « victoire » soulève aussi des critiques. Le cadeau de 400 millions d’euros offert par le Qatar, un Boeing 747-8, a provoqué un tollé aux États-Unis. Des sénateurs républicains comme John Thune et Rand Paul s’interrogent ouvertement sur « les risques de surveillance et d’espionnage », voire de « corruption ». Même son de cloche chez le démocrate Chris Murphy, qui dénonce un « pacte de corruption pur et simple ».








