La Thaïlande, qui a longtemps été partenaire des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, fait aujourd’hui parler d’elle sur la scène internationale. Selon Capital, elle vient en effet de prendre une décision stratégique en passant commande d’un sous-marin de type 039A à propulsion diesel-électrique auprès de la Chine. Ce choix marque un tournant important dans les relations de Bangkok et pourrait bien faire bouger l’équilibre des forces en Asie du Sud-Est.
Une situation géopolitique mouvementée
Depuis toujours, la Thaïlande entretient des liens étroits avec les États-Unis. Elle a combattu aux côtés de Washington durant la guerre du Vietnam et a rejoint en 1954 l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est, souvent comparée à l’OTAN pour son rôle régional. La reconnaissance faite par Washington en désignant la Thaïlande comme un « allié majeur non-membre de l’OTAN » rappelle encore cette proximité. Pourtant, après le coup d’État militaire de mai 2014, les relations entre Bangkok et Washington se sont tendues, en particulier à cause des critiques de la Maison Blanche.
Malgré ce passé, Bangkok veut clairement afficher son indépendance vis-à-vis de ses partenaires occidentaux. Sa proximité avec la Chine la pousse aujourd’hui à adopter une stratégie de liberté et de flou dans ses alliances. Comme le souligne Greg Raymond, maître de conférences au Centre d’études stratégiques et de défense de la Coral Bell School of Asia Pacific Affairs : « Bien que la Thaïlande soit officiellement alliée aux États-Unis, sa stratégie politico-militaire mise sur l’autonomie et le maintien d’un certain flou en refusant de se laisser dominer par l’un de ses partenaires. »
Une commande stratégique du côté de Pékin
La commande du sous-marin chinois a été conclue en 2017, après une dizaine d’années de négociations compliquées entre Bangkok et Pékin. La quille du navire a été posée en septembre 2019, bien que la construction ait été rapidement interrompue. Ce sous-marin mesure 77 mètres et sa livraison est prévue pour 2028. Pour contourner l’embargo imposé par l’Union européenne après le massacre de Tian’anmen – qui empêchait l’utilisation d’un moteur MTU396 allemand –, la Thaïlande a dû se résoudre à utiliser un moteur chinois CHD620.
Les difficultés techniques n’ont pas manqué de compliquer les relations sino-thaïlandaises, d’autant plus que Pékin n’a pas pu se procurer les moteurs diesel allemands initialement envisagés. Faire changer d’avis Bangkok pour qu’elle accepte leurs moteurs a donc représenté un sacré défi pour Pékin.
Retombées économiques et politiques
Sur le plan économique, le pays fait face à des restrictions budgétaires qui l’ont amené à renoncer à l’achat de plusieurs autres navires militaires. Par ailleurs, l’embargo européen sur certains équipements militaires a poussé Bangkok à chercher d’autres solutions pour moderniser sa flotte navale.
Cette décision intervient à un moment où Donald Trump tente d’obtenir plus de concessions de la part de ses alliés, situation qui risque de compliquer davantage les rapports avec des partenaires traditionnels comme la Thaïlande.








