Le régime de Damas s’est effondré après plus de 50 ans de pouvoir exercé par le parti Baas et la famille Assad. Cette chute, conséquence d’une offensive fulgurante menée par une ex-branche d’Al-Qaïda, Hayat Tahir al-Sham (HTS), dirigée par Abou Mohammad al-Jolani et aujourd’hui présentée comme des rebelles, ouvre une nouvelle ère d’incertitude pour la Syrie.
Une offensive qui a pris de court le régime de Damas
Depuis le 27 novembre 2024, une coalition dirigée par Hayat Tahir al-Sham (HTS), ex-branche syrienne d’Al-Qaïda, a infligé une série de défaites majeures au régime de Damas. Des villes stratégiques comme Hama, Rastan et Talbisseh sont tombées en quelques jours, ouvrant la voie à une attaque sur Damas. Selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, « la progression des rebelles a été rapide et méthodique, les forces loyalistes se sont effondrées face à la puissance de l’offensive ».
Dans la nuit du 7 au 8 décembre, les rebelles ont pénétré dans la capitale mettant fin au régime de Bachar Al Assad, de la minorité alaouite, et proclamé : « Nous déclarons la ville de Damas libre. » Des milliers de Syriens sont descendus dans les rues pour célébrer la chute du régime, bien que la situation reste tendue.
Qui est Abou Mohammed al-Joulani ?
Abou Mohammed al-Joulani, chef du HTS, est désormais au centre de l’attention. Né en 1982, il a grandi à Damas avant de rejoindre Al-Qaïda en Irak. En 2011, il retourne en Syrie et fonde le Front al-Nosra, qui deviendra le HTS après une rupture officielle avec Al-Qaïda en 2016. Abou Mohammed Al-Joulani chercherait à projeter une image plus modérée et profiter du déclin de Daech pour s’imposer.
« Al-Joulani est un pragmatique, mais son passé radical suscite des inquiétudes légitimes », souligne Michel Duclos, ancien ambassadeur de France en Syrie. La Turquie semble avoir joué un rôle clé dans la victoire des rebelles. En soutenant les factions pro-turques dans le nord de la Syrie notamment, Ankara a renforcé la position de forces d’HTS.Pour Recep Tayyip Erdogan, il s’agit désormais de « surveiller étroitement la situation pour protéger les intérêts turcs ». Le président turc espère ainsi faciliter le retour des 3 millions de réfugiés syriens dans leur pays, mais aussi refouler les Kurdes et affaiblir les liens entre le PKK kurde et sa branche syrienne, le YPG.
Fuite d’Assad à Moscou
Bachar al-Assad et sa famille auraient fui à Moscou, selon les agences de presse russes. Un départ qui marque la fin d’une ère et souligne l’échec de la Russie, principal allié du régime depuis 2014, à maintenir son influence. Pris dans la guerre en Ukraine, le Kremlin n’a pas pu allouer les ressources nécessaires pour soutenir Assad.
« Les Russes, eux peuvent encore sauver l’essentiel, s’ils parviennent à négocier le maintien de leur base navale de Tartous et de leur la base aérienne de Khmeimim. Les Turcs sont les vainqueurs apparents mais s’inquiètent un peu que leur ancien client, le HTS, leur échappe. Quant aux Israéliens, ils sont ambivalents car ils perdent en Assad quelqu’un qui leur a été très utile. N’oublions pas que pendant très longtemps la Syrie était un protectorat israélo-iranien. Une certitude : la chute du régime syrien libère des capacités de négociations pour les Turcs, les Iraniens et les Russes vis-à-vis de Washington », analyse l’ancien ambassadeur Michel Duclos. En Israël, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a ordonné à l’armée d’établir une présence renforcée sur le Golan considérant que « la chute d’Assad pourrait entraîner un vide sécuritaire dangereux à nos frontières ».
Des réactions internationales mitigées
La chute d’Assad a provoqué des réactions contrastées parmi les dirigeants mondiaux. Le président Emmanuel Macron, pour sa part, s’est réjoui sur X que « L’État barbare est tombé. Je rends hommage au peuple syrien, à son courage, à sa patience. En ce moment d’incertitude, je lui adresse mes vœux de paix, de liberté et d’unité. La France restera engagée pour la sécurité de tous au Moyen-Orient. » Même tonalité du côté de Joe Biden, qui s’est félicité que « le renversement du régime en #Syrie a été possible grâce à l’action d’Israël contre le Hezbollah avec le soutien des États-Unis. »
L’État de barbarie est tombé. Enfin.
Je rends hommage au peuple syrien, à son courage, à sa patience. Dans ce moment d’incertitude, je forme pour lui des vœux de paix, de liberté et d’unité.
La France restera engagée pour la sécurité de tous au Moyen-Orient.
— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) December 8, 2024
Un avis que ne partage pas son successeur, qui prendra ses fonctions dans le bureau ovale à partir du 21 janvier 2024, Donald Trump ayant réaffirmé sa position isolationniste tout en critiquant les actions de Barack Obama : « La Syrie est un bordel, ne nous en mêlons pas (…) C’est là que l’ancien président Obama a refusé d’honorer son engagement de protéger la LIGNE ROUGE DANS LE SABLE, et c’est l’enfer qui a éclaté, avec l’intervention de la Russie. » « Ce n’est pas notre combat », conclut-il. Pékin, pour sa part, tient une position bien plus prudente, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois ayant déclaré : « Nous souhaitons que toutes les parties concernées agissent dans l’intérêt fondamental du peuple syrien, afin de trouver rapidement une solution politique permettant de rétablir la stabilité en Syrie. » Nonobstant, si les positions des membres de la communauté internationale au sujet de Bachar Al-Assad divergent, l’ensemble s’accordent sur la nécessité d’une réunion d’urgence de Conseil de Sécurité de l’ONU. « Toutes les mesures doivent être prises pour assurer la protection de toutes les minorités et éviter les représailles et les actes de vengeance », a tenu à réaffirmer le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, lors d’une conférence de presse, ce lundi 9 décembre 2024.
Un avenir plus qu’incertain pour la Syrie
La chute d’Assad et du régime Baas avec lui, ouvre une nouvelle période de grandes incertitudes pour la Syrie. Après une période de stabilité relative depuis 2014, le pays reste marqué par la guerre. Selon l’ONU, plus de 180 000 personnes ont déjà été déplacées suite aux dernières offensives dans le nord de la Syrie.
La Syrie est un patchwork de minorités ethniques et religieuses. Une diversité qui était permise par le régime de Damas, soit les alaouites, ce qui laisse craindre le pire pour cette communauté, mais aussi pour les chrétiens, qui pourraient être pris pour cibles par le HTS. Abou Mohammed al-Joulani tenterait néanmoins de « lisser son image » selon les observateurs, une image ternie par de nombreuses accusations de crimes de guerre et par les liens entre le HTS et certaines attaques terroristes, notamment en France, l’organisation HTS étant en effet toujours classée comme terroriste.








