D’après le récent rapport de la Commission de contrôle des techniques de renseignement, en 2023, la surveillance des individus par les services de renseignement français a atteint un nouveau sommet, avec 24.209 personnes concernées. Cette augmentation de 15% par rapport à l’année précédente marque un tournant dans les priorités sécuritaires du pays, avec une attention accrue aux narcotrafics et aux ingérences étrangères.
Le terrorisme détrôné par le narcotrafic et la criminalité organisée
Le rapport annuel de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) révèle une évolution notable dans les objectifs de surveillance. Pour la première fois, la prévention du terrorisme n’est plus la principale raison des suivis. En effet, la lutte contre la criminalité organisée et les narcotrafics a pris le dessus, avec 7.058 trafiquants présumés surveillés en 2023, soit une hausse de 29% par rapport à l’année précédente.
Cette réorientation s’explique par une volonté de mieux répondre aux menaces internes, telles que le trafic de drogues, qui posent des défis de plus en plus complexes. Parallèlement, la surveillance liée à la radicalisation terroriste a légèrement augmenté de 7,5% malgré une baisse de 10% sur cinq ans, signe d’une efficacité accrue des services de renseignement dans le démantèlement des réseaux terroristes.
Comment évoluent les techniques de surveillance ?
Les méthodes employées par les services de renseignement se sont diversifiées et sophistiquées. La pose de micros, la collecte exhaustive de données informatiques, et le piratage de téléphones et ordinateurs sont désormais courants. Ces techniques plus intrusives compensent la baisse de rendement des écoutes téléphoniques traditionnelles, devenues moins efficaces face à des individus de plus en plus prudents.
Un autre aspect marquant de 2023 est l’autorisation de nouvelles « boîtes noires » pour détecter les menaces terroristes via des connexions internet suspectes. Cette innovation s’inscrit dans une stratégie d’adaptation continue face aux évolutions technologiques et aux nouvelles pratiques des criminels et extrémistes.
Vers une évolution législative ?
La CNCTR anticipe également une évolution législative en 2025, nécessaire pour aligner les pratiques de surveillance avec les exigences de la jurisprudence européenne. Cette évolution pourrait améliorer les modalités de recours et garantir un meilleur respect des droits des personnes surveillées. Le cadre légal actuel, bien que robuste, nécessite des ajustements pour répondre aux nouveaux défis posés par la sécurité nationale et les libertés individuelles.
Pour faire face à ces défis croissants, la CNCTR a renforcé ses effectifs. Trois créations d’emplois ont été approuvées en 2023, permettant de nouveaux recrutements et la mobilisation accrue des membres de la commission. Toutefois, les départs et les difficultés de recrutement ont limité l’atteinte de l’effectif théorique optimal.








