L’Argentine, dans sa quête de renouvellement de sa flotte sous-marine, a entrepris une négociation ambitieuse pour acquérir trois sous-marins de type Scorpène, fabriqués par Naval Group. Cependant, des obstacles financiers considérables compliquent cette acquisition. Revenons sur les détails de cette transaction, les enjeux stratégiques et les défis financiers auxquels Buenos Aires fait face.
Pourquoi des sous-marins Scorpène pour l’Argentine ?
Le Scorpène est un sous-marin diesel-électrique conçu pour répondre aux besoins des marines modernes. Avec une longueur de 66 mètres et une capacité de plongée jusqu’à 350 mètres, il est armé de torpilles lourdes et de missiles antinavires. Son système de propulsion indépendante de l’air (AIP) permet une autonomie accrue sous l’eau, rendant ce sous-marin idéal pour des missions discrètes.
Avantages stratégiques :
- Renforcement de la souveraineté maritime : L’Argentine, avec ses 4 700 km de côtes, cherche à protéger ses eaux territoriales et ses ressources halieutiques contre la pêche illégale.
- Dissuasion et projection de puissance : La possession de sous-marins modernes représente une arme stratégique dans la région sud-américaine.
Les défis financiers : un obstacle de taille
L’économie argentine, déjà fragilisée par des crises récurrentes, rend complexe la mise en œuvre d’un contrat d’une telle ampleur. Selon des sources proches du dossier, la transaction s’élèverait à environ 1,5 milliard d’euros. Cependant, les banques exigent des garanties solides que l’Argentine peine à fournir.
Détails financiers :
- Historiques de défauts : La réputation de l’Argentine en tant qu’emprunteur international est entachée par des défauts multiples.
- Problèmes de garanties : Les institutions financières réclament des actifs tangibles ou des pré-affectations de ressources naturelles comme le lithium ou le gaz.
- Appui de la COFACE (assurance-crédit) : Malgré les risques, l’agence française de crédit-export pourrait jouer un rôle crucial pour faciliter cette vente.
Enjeux géopolitiques et pression régionale
La décision de l’Argentine de moderniser sa flotte s’inscrit dans un contexte régional tendu. Ses voisins comme le Brésil investissent massivement dans leurs forces armées, notamment avec le programme de sous-marins nucléaires. Par ailleurs, l’Argentine doit aussi composer avec des acteurs internationaux intéressés par ses ressources stratégiques.
Impacts sur la souveraineté nationale :
- Le recours à des crédits internationaux peut exposer Buenos Aires à des pressions économiques ou politiques.
- Les termes de la transaction, notamment le remboursement en nature via des ressources naturelles, suscitent des débats au sein du pays.
| Caractéristiques | Valeurs |
|---|---|
| Longueur | 66 mètres |
| Capacité | 30 membres d’équipage |
| Armes | Torpilles lourdes, missiles Exocet |
| Profondeur maximale | 350 mètres |
| Autonomie | Jusqu’à 50 jours avec AIP |
Alors que les discussions continuent, cette acquisition révèlent les ambitions et des défis de l’Argentine. Réussira-t-elle à surmonter les obstacles financiers et à réaffirmer sa présence stratégique ? L’avenir de sa flotte dépendra non seulement de cette transaction, mais aussi de sa capacité à rétablir sa crédibilité économique sur la scène internationale. Les négociations en cours, marquées par des tensions internes et externes, illustrent l’équilibre complexe à tenir entre le développement militaire et les contraintes économiques.
Ezequiel Cersosimo, analyste militaire, nous explique plus en détail les enjeux de cet accord.
« Une lettre d’intention pour trois unités a été signée il y a un mois, et elle n’est rendue publique qu’aujourd’hui. Elle présente certaines différences notables :
Il s’agit d’un sous-marin conçu sur mesure, d’environ 73 mètres de long, semblable à ceux du Brésil.
Il est équipé de batteries lithium-ion, sans technologie AIP (Air Independent Propulsion).
Un détail révélé aujourd’hui dans les médias argentins : à la demande du client, c’est-à-dire l’Argentine, le sous-marin ne dispose que de 4 tubes lance-torpilles de 533 mm, au lieu de 6. Pourquoi ? L’Argentine et ses militaires visent les missiles de croisière. Actuellement, leur doctrine perçoit le sous-marin comme une arme d’attaque terrestre, capable de lancer des missiles de croisière jusqu’à 2000 km. Il est inconcevable qu’un sous-marin comme le Scorpène ne puisse pas utiliser de missiles de croisière. La France pourrait vendre des missiles SCALP, capables de frapper à 1500 km, mais le Royaume-Uni, qui détient 30 % de ces missiles, opposerait son veto à l’opération. La seule solution serait donc d’acheter des missiles de croisière à la Russie, à Israël ou à l’Inde. Pour cela, il est nécessaire d’avoir des tubes lance-torpilles élargis, comme ceux des sous-marins Dolphin israéliens, capables de tirer les missiles Popeye Turbo jusqu’à 1800 km.
Ainsi, étant donné que la France ne vendra pas de SCALP compatibles avec des tubes de 533 mm, l’Argentine doit se tourner vers d’autres fournisseurs pour des missiles plus larges. En réalité, l’Argentine n’a pas sacrifié deux tubes lance-torpilles, contrairement à ce qui est rapporté dans les médias. Le sous-marin disposera bien de six tubes lance-torpilles, mais quatre seront de 533 mm et deux de 633 mm pour le tir de missiles de croisière non français. Les militaires argentins, souvent réticents à révéler leurs capacités, ont simplement déclaré vouloir 4 tubes lance-torpilles, en conservant la nature des deux autres comme un secret militaire.
Financement : Aucune difficulté n’existe de ce côté. L’Argentine peut payer en gaz, pétrole, argent, lithium ou uranium. Le problème ne réside pas dans le paiement, mais dans la question des armes, qui reste confidentielle. La France autorisera-t-elle des missiles de croisière russes ? En Inde, cela fonctionne : des avions et sous-marins français et russes y utilisent des missiles provenant de ces deux pays selon les besoins.
Enfin, la possibilité d’un futur Barracuda (environ trois unités) avec une capacité nucléaire est également discutée. L’Argentine construirait le réacteur nucléaire avec INVAP, une entreprise de pointe dans la conception et la production de réacteurs nucléaires polyvalents. À titre d’exemple, 60 % des radio-isotopes en Europe proviendront des Pays-Bas grâce à un réacteur INVAP actuellement en construction, qui sera le plus grand au monde dans sa catégorie. Construire un mini-réacteur pour un sous-marin est relativement simple, car il s’agit principalement de produire de la chaleur et de la vapeur pour faire fonctionner le navire. C’est une tâche bien moins complexe que le réacteur néerlandais qui accomplit de multiples opérations.
Tout cela est en discussion aujourd’hui : le présent, avec la question des armes, et l’avenir, avec davantage de sous-marins, y compris le Barracuda équipé d’un réacteur nucléaire INVAP.
Comme l’a déclaré récemment Emmanuel Macron en Argentine : « Nous continuerons à nous rencontrer jusqu’à atteindre nos objectifs en matière de défense. » Dans les prochains jours, le ministre argentin de la Défense, Petri, se rendra en France, suivi par le président argentin Milei le 25 février.
L’accord est en train d’être finalisé. Les points sensibles concernent les missiles de croisière et l’énergie nucléaire.«








