Quantique : un milliard de plus, mais pour quoi faire ?

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Quantique : un milliard de plus, mais pour quoi faire ? | Armees.com

La Cour des comptes vient de doucher l’enthousiasme présidentiel : un milliard d’euros supplémentaires pour l’informatique quantique, c’est bien. Mais ce n’est pas suffisant. Derrière l’effet d’annonce, une question brutale s’impose : la France sait-elle seulement dépenser intelligemment ce qu’elle investit déjà dans les technologies de rupture ? En matière de souveraineté stratégique, l’argent mal ciblé ne vaut pas mieux que l’absence d’argent.

2 Mds€

C’est l’enveloppe totale du plan quantique français d’ici 2030 — deux fois moins que ce que l’Allemagne a engagé sur la même période pour ses seuls programmes civils.

Un milliard annoncé en fanfare, une Cour des comptes qui recadre

Imaginez un instant qu’on vous annonce fièrement que vous avez doublé votre budget pour gagner une course… alors que vos concurrents ont triplé le leur. C’est peu ou prou la situation dans laquelle se trouve la France sur l’informatique quantique.

Emmanuel Macron a annoncé une rallonge d’un milliard d’euros pour le plan quantique national. La salle a applaudi. La Cour des comptes, elle, n’a pas applaudi. Dans un rapport rendu public cette semaine, elle appelle à mobiliser des moyens « considérablement plus importants » si la France et l’Europe veulent ne pas décrocher face aux États-Unis et à la Chine.

On peut se demander pourquoi ce signal d’alarme n’a pas précédé l’annonce présidentielle plutôt que de la suivre. La réponse est simple : en France, on annonce d’abord, on évalue ensuite. Parfois jamais.

Or le quantique n’est pas un gadget technologique de plus. C’est une rupture potentielle pour le chiffrement des communications militaires, la détection des sous-marins, la cryptographie des systèmes d’armes. Autrement dit : c’est de la souveraineté stratégique pure. Et sur ce terrain, l’amateurisme budgétaire se paie comptant.

Ce que la Chine a compris que Paris n’a pas encore intégré

Pékin a engagé l’équivalent de 15 milliards de dollars dans le quantique depuis 2016. Les États-Unis, via le CHIPS Act et les programmes du Pentagone, dépassent les 10 milliards. La Commission européenne parle de 6 milliards dans le cadre de son Quantum Flagship.

La France, elle, totalise 2 milliards sur dix ans. C’est l’équivalent du budget annuel de fonctionnement de la RATP. On mesure le décalage.

Mais le problème ne se résume pas au volume des crédits. Il touche à leur gouvernance. Qui pilote vraiment le plan quantique français ? Quelle agence, avec quels pouvoirs, quels indicateurs de résultats, quelle articulation avec les programmes de la Direction générale de l’armement ? Les réponses restent floues. Or sans gouvernance claire, un milliard supplémentaire, c’est un milliard supplémentaire dispersé.

La Suède, pays dix fois moins peuplé, a su concentrer ses investissements technologiques sur trois ou quatre filières d’excellence sanctuarisées, avec des résultats mesurables et des partenariats industriels contractualisés. La France préfère saupoudrer, multiplier les appels à projets, créer des comités.

Sans doctrine, la dépense reste un vœu pieux

Force est de constater que la France n’a toujours pas de doctrine claire sur les technologies de rupture appliquées à la défense. La LPM 2024-2030 évoque l' »innovation de défense » à grands traits, mais les arbitrages budgétaires restent balbutiants face aux urgences du présent : munitions, drones, soutien à l’Ukraine.

Le risque est bien identifié : sacrifier le long terme sur l’autel du court terme. Financer des blindés dont on a besoin aujourd’hui au détriment des technologies quantiques dont on aura besoin demain — et dont le cycle de développement est déjà engagé chez nos adversaires.

Un milliard de plus, soit. Mais avec un chef de file unique, des objectifs chiffrés, des délais contraignants et une évaluation publique annuelle. Sans cela, on ne finance pas une stratégie. On finance une communication.

Il est temps que les décideurs politiques traitent le quantique comme ce qu’il est : une priorité de défense nationale, pas un thème de discours.

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