Quand l’analyse du renseignement s’enseigne par la simulation

L’immersion reposerait sur une application web dédiée, simulant les échanges entre un plateau d’analystes constitué par les stagiaires et différents capteurs simulés.

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Quand l’analyse du renseignement s’enseigne par la simulation © Armees.com

À l’École militaire, à Paris, le mastère spécialisé « Conception stratégique et intelligence des données » affiche une ambition nette : transformer la donnée en appui à la décision dans des contextes de crise et de conflit. La plaquette de l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan décrit une formation de niveau bac + 6, accréditée par la Conférence des Grandes Écoles, organisée de septembre à mai, à raison de deux jours par semaine, pour 282 heures d’enseignement académique et quatre mois de stage. Elle précise surtout que les stagiaires sont mis en situation « chaque semaine via un serious game novateur faisant appel à l’IA ». Ce point mérite attention. Il dit quelque chose de l’époque, et du déplacement en cours entre enseignement théorique et apprentissage par la pratique grâce à des outils numériques dédiés.

Une pédagogie tournée vers la pratique

La brochure officielle présente une formation structurée autour du recueil, du traitement, de l’analyse et de la diffusion de données hétérogènes. Elle insiste sur une approche « globale et systémique », sur des mises en situation « quotidiennes, réalistes et évolutives » et sur la constitution d’une équipe pluridisciplinaire de stagiaires. Le cadre est clair : il ne s’agit pas seulement d’enseigner des méthodes, mais de placer les auditeurs en situation pour éprouver ce socle théorique. Le serious game n’apparaît donc pas comme un accessoire pédagogique. Il devient un outil central pour concrètement appréhender la hiérarchisation des sources d’information, la réduction de l’incertitude et l’élaboration d’une manœuvre de renseignement.

Le rôle discret mais structurant d’un serious game dans la formation

Selon nos informations, ce serious game serait fourni par la société Anticiper, dirigée par Thierry Assonion, ancien officier de l’armée de terre, expert du renseignement. L’immersion reposerait sur une application web dédiée, simulant les échanges entre un plateau d’analystes constitué par les stagiaires et différents capteurs simulés (humains, techniques et opérationnels). L’IA serait intégrée au processus analytique. Si ces éléments ne figurent pas dans la plaquette officielle, ils sont cohérents avec l’architecture pédagogique décrite par le document, qui place la simulation hebdomadaire et l’analyse sous contrainte de temps au centre du cursus. Il semblerait aussi qu’Anticiper propose aux entreprises des scénarios d’analyse de crise. Autrement dit, un même socle méthodologique circulerait entre formation supérieure, culture du renseignement et préparation du secteur privé.

Un signe supplémentaire de la normalisation du renseignement

Ce type de dispositif s’inscrit dans un mouvement plus large. La frontière entre la méthodologie du renseignement utilisée dans les armées et son adaptation au contexte des sociétés s’estompe à mesure que la maîtrise de l’information devient un facteur de survie pour les États comme pour les entreprises. Cette formation portée par l’armée de Terre au profit des administrations mais aussi du monde civil le démontre clairement.

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