Primes de fonctionnaires en hausse : et la défense dans tout ça ?

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Primes de fonctionnaires en hausse : et la défense dans tout ça ? | Armees.com

+62 %. C’est la hausse des primes dans la fonction publique d’État sur les dix dernières années. Pendant ce temps, nos armées bataillent pour recruter, fidéliser, et moderniser leur équipement. Un pays qui distribue autant à ses bureaucrates peut-il encore financer une défense sérieuse ? La question mérite d’être posée sans détour.

62 %

Hausse des primes dans la fonction publique d’État sur dix ans, pendant que le budget des armées peine à atteindre les 2 % du PIB fixés par l’OTAN.

L’argent public n’est pas élastique

On peut se demander comment un État qui dépense 58,2 % de son PIB en dépenses publiques — record absolu parmi les grandes démocraties occidentales — peut simultanément promettre une remontée en puissance de ses armées et distribuer 62 % de primes supplémentaires à ses fonctionnaires. La réponse honnête : il ne peut pas. Pas sans arbitrages douloureux. Pas sans choisir.

La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 affiche des ambitions louables : 413 milliards d’euros sur sept ans, une cible à 2 % du PIB, des investissements dans le spatial, le cyber, les munitions. Beau programme sur le papier. Sauf que ce même État, au même moment, laisse filer la masse salariale civile dans des proportions qui devraient alarmer tout ministre des Armées digne de ce nom.

Car les primes ne tombent pas du ciel. Elles sont prélevées sur le même budget général qui finance nos Rafale, nos sous-marins nucléaires, et la solde de nos 200 000 militaires. Quand la fonction publique civile s’octroie des hausses de rémunération non conditionnées à la performance, c’est mécaniquement la défense qui trinque, sous forme de reports de crédits, de livraisons décalées, ou de cibles capacitaires revues à la baisse.

Ce que font nos voisins

Imaginez un instant la réaction d’un ministre de la Défense allemand ou suédois face à de tels chiffres. En Suède, pays qui vient de rejoindre l’OTAN avec une détermination que beaucoup nous envient, la réforme de la fonction publique est un processus continu, lié à des objectifs précis et mesurables. La rémunération des agents de l’État y est directement corrélée à la performance individuelle et collective. Pas de résultat, pas de prime. Radical ? Non. Simplement logique.

L’Allemagne, elle, a décidé de porter son effort de défense à 2 % du PIB en créant un fonds exceptionnel de 100 milliards d’euros — financé, entre autres, par une revue sérieuse des dépenses publiques non prioritaires. La Pologne dépasse désormais 4 % de son PIB consacré à la défense. Quatre pour cent. Pendant que la France applaudit ses propres engagements à 2 % comme s’il s’agissait d’un exploit.

Force est de constater que l’arbitrage budgétaire en France reste systématiquement défavorable aux dépenses régaliennes au profit des dépenses de fonctionnement. Les armées paient cash les inefficiences du reste de la sphère publique.

Choisir, c’est gouverner

On ne peut pas tout avoir. On ne peut pas augmenter massivement les primes des fonctionnaires civils, maintenir 400 000 normes qui étouffent notre industrie de défense, refuser de réformer les régimes spéciaux, ET financer une armée capable de peser dans un monde redevenu dangereux.

La souveraineté stratégique a un prix. Ce prix s’appelle la rigueur budgétaire généralisée — pas sélective, pas cosmétique. Tant que les arbitrages continueront d’épargner les corporatismes et de sacrifier les capacités militaires, la LPM restera un beau document de communication.

Il est temps que les décideurs politiques posent clairement la question : qu’est-ce qu’on protège — nos régimes de primes ou notre territoire ?

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