Trump hésite à laisser l’Ukraine fabriquer ses propres Patriot. La Chine vacille économiquement. Et la France, elle, continue de sous-financer son industrie de défense en espérant que les autres feront le travail. Réveil brutal ou somnambulisme stratégique ?
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Seuil de l’objectif OTAN en part du PIB consacré à la défense — que la France atteint enfin en 2025, mais avec des dépenses moins capacitaires qu’il n’y paraît.
L’Ukraine nous rappelle ce que coûte la dépendance
Trump « n’est pas sûr » de laisser l’Ukraine produire ses propres missiles Patriot. Une phrase, et c’est toute la fragilité d’un système de défense fondé sur la dépendance à un allié qui peut changer d’avis du jour au lendemain. Voilà le vrai enseignement de cette semaine.
On peut débattre de la diplomatie américaine à l’infini. Le fond du problème est ailleurs : Kiev n’a pas les capacités industrielles pour produire elle-même les armes dont elle a besoin. Elle dépend du bon vouloir de Washington. Cette situation n’est pas une fatalité — c’est le résultat de décennies de sous-investissement dans l’industrie de défense nationale.
La France doit regarder ce miroir sans détourner les yeux. Certes, Paris n’est pas Kiev. Mais combien de systèmes d’armes critiques dépendent encore de composants étrangers, de sous-traitants hors de l’Union européenne, de technologies sous licence américaine ? La LPM 2024-2030 affiche des ambitions louables — 413 milliards d’euros sur sept ans. Mais une enveloppe globale ne dit rien de sa structure. Ce qui compte, c’est ce qu’on achète, à qui, et avec quelle capacité à produire sur le sol national en cas de crise.
Le mirage des 2 % : la quantité ne fait pas la qualité
Atteindre 2 % du PIB consacré à la défense, c’est bien. C’est même historique pour la France. Mais nos voisins les plus sérieux — Suède, Pologne, Allemagne en rattrapage accéléré — ne se contentent pas d’afficher un pourcentage. Ils restructurent leur base industrielle, signent des contrats pluriannuels stables, et créent des filières de production résilientes.
En France, la dépense militaire souffre des mêmes travers que la dépense publique en général : opacité des coûts réels, évaluation insuffisante des programmes, surcoûts chroniques sur les grands contrats d’armement. Le programme SCORPION a accumulé des retards. Le porte-avions de nouvelle génération verra le jour dans les années 2030 — au mieux. Les PME de la BITD (Base Industrielle et Technologique de Défense) peinent à accéder aux financements et aux commandes publiques dans des délais raisonnables.
Dépenser plus, c’est nécessaire. Dépenser mieux, c’est indispensable. Et pour l’instant, la France n’a pas encore tranché entre les deux logiques.
La Chine ralentit : une opportunité stratégique à ne pas rater
Le recul de l’activité manufacturière chinoise ce mois de juillet envoie un signal que les stratèges ne doivent pas ignorer. Xi Jinping lui-même reconnaît les « difficultés » de son économie. Ce moment de fragilité relative est une fenêtre — étroite et temporaire — pour consolider les chaînes d’approvisionnement occidentales, réduire les dépendances technologiques critiques et accélérer la montée en puissance industrielle européenne.
La France a des atouts réels : Thales, Dassault, Naval Group, MBDA. Mais ces fleurons ne peuvent pas tout. Il faut une stratégie claire de soutien aux ETI et PME de défense, des commandes publiques prévisibles sur cinq à dix ans, et une simplification réglementaire drastique pour les industriels du secteur.
L’heure n’est plus aux colloques et aux livres blancs. Chaque année de retard dans la structuration de notre base industrielle est une année offerte à nos compétiteurs. La souveraineté stratégique n’est pas un concept — c’est une ligne budgétaire. Il est temps de la traiter comme telle.


