Les ministres de la Défense de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) se sont réunis à Bruxelles, le 5 juin, pour préparer un sommet qui s’annonce électrique. Dans trois semaines, les 24 et 25 juin à La Haye, les membres de l’Alliance devront acter une transformation radicale de leur politique de défense. Au centre de toutes les attentions, une injonction américaine, consacrer 5 % du produit intérieur brut (PIB) national aux dépenses militaires. Une exigence martelée par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche et que les Européens, sous pression, semblent désormais prêts à accepter.
Une nouvelle norme budgétaire imposée par Trump
Depuis janvier 2025, Donald Trump ne cache pas son intention de revoir les fondements du partenariat transatlantique. Le retour aux commandes de l’ex-président des États-Unis s’est accompagné d’un discours sans équivoque. Les Européens doivent assumer leur sécurité. Et cela passe, selon lui, par une augmentation massive de leur effort militaire. Lors du sommet de l’OTAN de 2018, Trump avait déjà fustigé les États membres pour leur « manque de loyauté financière » envers l’Alliance.
Désormais, il entend les forcer à passer à l’action. À travers son nouvel émissaire à Bruxelles, Matthew Whitaker, la pression est montée d’un cran. Ce dernier aurait clairement annoncé dans des propos rapportés par Le Figaro que « pour convaincre le président américain de faire le déplacement [au sommet de La Haye], ils doivent s’engager à respecter ses exigences ».
Dépenses de défense : les Européens sur la sellette
En réponse à cette pression, l’OTAN discute d’un relèvement historique de l’objectif de dépenses militaires. Jusqu’ici fixé à 2 % du PIB, une norme déjà difficile à atteindre pour plusieurs membres, le nouveau seuil viserait les 5 %. Une partie de ce montant serait consacré aux budgets strictement militaires (environ 3,5 %), le reste devant financer des infrastructures stratégiques et des programmes liés à la cybersécurité.
Ce « paquet 5 % » a été défendu par le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, comme une réponse pragmatique à l’évolution du contexte sécuritaire. Mais derrière les sourires diplomatiques, les réticences abondent. Plusieurs États, notamment l’Italie et l’Espagne, peinent déjà à tenir leurs engagements précédents. Pour ces pays, une telle hausse relève de l’équilibrisme budgétaire. En Allemagne, où l’opinion publique reste frileuse face à la remilitarisation, la mesure risque de provoquer des tensions internes. Et à Paris, Emmanuel Macron appelle à un « effort concerté mais soutenable », rappelant que « la solidarité ne doit pas devenir une soumission stratégique ».
La Haye : un sommet sous haute tension
Le sommet de La Haye s’annonce donc comme un tournant critique. Donald Trump a annoncé sa présence, à condition que les alliés européens signent un accord sur ces nouveaux objectifs. L’enjeu n’est pas seulement comptable, il s’agit aussi d’affirmer la pertinence de l’Alliance dans un monde géopolitique de plus en plus fragmenté. Les États-Unis, par la voix du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, ont d’ores et déjà posé leurs conditions.
La menace implicite d’un retrait américain en cas de désaccord hante les discussions. Personne ne veut revivre la tempête de 2018. D’autant que les tensions avec la Russie, exacerbées par la guerre en Ukraine, renforcent le besoin de maintenir un front commun.
Vers un réarmement sans précédent
Derrière ces joutes diplomatiques, c’est une reconfiguration complète des priorités stratégiques qui se dessine. Pour répondre à l’exigence américaine, les budgets de défense nationaux devront croître de plusieurs dizaines de milliards d’euros. Une aubaine pour les industriels du secteur, mais un casse-tête pour les ministères des finances.
Le débat s’installe dans les capitales européennes alors que le sommet de La Haye approche. En Belgique, l’opposition critique la méthode budgétaire du gouvernement. Théo Francken a dénoncé à la Chambre « un chèque en blanc de 3,7 milliards de crédits provisionnels » sans détail sur leur affectation. Le Parti socialiste, de son côté, a prévenu que ces investissements ne devaient pas se faire « au détriment des droits sociaux » et des services publics. En Espagne, le gouvernement a clairement indiqué qu’il ne comptait pas revoir à la hausse sa contribution à l’OTAN, malgré les injonctions américaines.








