Le 7 mai 2025 marque un tournant majeur dans la doctrine de réponse de l’Inde face au terrorisme transfrontalier. Baptisée Opération Sindoor, la série de frappes menées en profondeur sur le territoire pakistanais et dans le Cachemire occupé (PoJK) s’inscrit dans le sillage des représailles à l’attentat sanglant de Pahalgam (26 victimes), survenu le 22 avril. Mais, à la différence des frappes de 2016 (Surgical Strikes) ou de 2019 (Balakot), cette opération se distingue par son envergure, sa précision et sa charge politique assumée.
Opération Sindoor : une campagne ciblée et multi-fronts
Cinq cibles majeures ont été identifiées. La première, Markaz Subhan Allah à Bahawalpur, est située à environ 150 km de la frontière avec l’Inde. Elle se trouve à moins de 5 km du cantonnement militaire de Bahawalpur, fief du XXXI Corps, qui regroupe notamment les 26ᵉ et 35ᵉ divisions d’infanterie. Ce centre est soupçonné d’être un pivot idéologique et opérationnel du Jaish-e-Mohammed (JeM). En le visant, l’Inde adresse un signal direct à l’armée pakistanaise, accusée depuis des années de complicité avec les groupes djihadistes.
La deuxième frappe a visé le Markaz Taiba à Muridke, à seulement 30 km de la frontière, au nord de Lahore. Ce site est le quartier général historique du Lashkar-e-Taiba (LeT), tristement célèbre pour les attentats de Mumbai en 2008. S’étendant sur plus de 80 acres, le complexe est à la fois un centre de formation, une madrassa, un marché et un camp résidentiel. Sa destruction partielle marque un revers symbolique et logistique majeur pour le LeT.
La troisième cible était un centre médical situé à 6-7 km de la frontière, près du Jammu-et-Cachemire indien. Ce site, selon des sources de renseignement, servait de point de transit pour les militants du JeM, hébergés temporairement avant de tenter une infiltration sur le sol indien. Sa neutralisation vise donc à rompre la chaîne logistique de l’infiltration.
La quatrième frappe a visé la mosquée Bilal à Muzaffarabad, capitale de facto du Cachemire occupé par le Pakistan. Cette zone est connue pour héberger des unités des régiments Mujahid et Azad Kashmir, des formations paramilitaires intégrées aux opérations de harcèlement de la frontière. Il est fort probable que des personnels de ces unités aient été présents dans le bâtiment au moment de l’attaque. Le choix de cette cible — une mosquée en apparence — souligne la volonté indienne de frapper des sanctuaires hybrides, à la fois religieux, militaires et opérationnels.
Enfin, le séminaire Mehmoona Joya à Sialkot, situé à seulement 12 km de la frontière et à proximité immédiate du QG du XXX Corps, a été touché. Ce lieu, difficile à localiser précisément en raison de la densité urbaine, est soupçonné d’être un point de contact entre groupes radicaux et réseau militaire local. Il incarne ce flou volontairement entretenu entre espace civil et infrastructure de guerre.
Une stratégie de seuil maîtrisé
L’Opération Sindoor illustre une stratégie de frappe limitée mais profonde, qui évite une confrontation conventionnelle directe tout en imposant un coût élevé aux parrains du terrorisme. L’Inde démontre ici sa capacité à neutraliser des cibles en profondeur, à plus de 150 km de sa frontière, sans recourir à une invasion terrestre. L’usage présumé de drones de longue portée, de missiles de croisière ou de munitions guidées air-sol confirme l’évolution technologique de l’armée indienne.
Plus encore, cette opération s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, où l’Inde entend montrer sa résilience face à deux fronts : Islamabad à l’ouest, Pékin à l’est. Elle s’adresse aussi aux puissances occidentales en affirmant que New Delhi mènera sa guerre contre le terrorisme sans attendre l’autorisation de forums multilatéraux.
Risques maîtrisés, message clair
Le risque d’escalade demeure, bien sûr. Une riposte asymétrique ou indirecte, via des groupes affiliés, n’est pas à exclure côté pakistanais. Mais l’Inde semble prête à assumer cette confrontation contenue, misant sur un soutien populaire interne fort, notamment en période pré-électorale. À l’international, le caractère chirurgical et ciblé des frappes limite les marges de manœuvre diplomatique d’Islamabad, qui ne pourra guère invoquer un acte de guerre injustifié.
Une nouvelle doctrine pour l’Inde
En somme, l’Opération Sindoor est bien plus qu’une réponse tactique. Elle formalise une nouvelle posture : refus du sanctuaire, destruction des interfaces civil-terroristes, dissuasion active et maîtrise des effets politiques.L’Inde ne veut plus simplement prévenir les attentats — elle entend anéantir leur infrastructure dès la racine, où qu’elle se trouve.








