La planète est protégée des radiations solaires par un champ magnétique puissant et dynamique, généré par des courants de métal en fusion dans son noyau externe. Pourtant, cette armure présente une faille : une vaste zone de faiblesse magnétique entre l’Amérique du Sud et l’Afrique. Baptisée anomalie magnétique de l’Atlantique Sud (AAS), cette région attire l’attention de la NASA et de l’Agence spatiale européenne (ESA) en raison des perturbations qu’elle cause sur les satellites et la Station spatiale internationale (ISS), dévoile ScienceAlert.
Les mesures effectuées en 2024 confirment un phénomène en expansion rapide. L’intensité magnétique dans cette zone a chuté de 9 % en 200 ans, et l’anomalie semble désormais se diviser en plusieurs cellules distinctes. Un basculement des pôles magnétiques est-il à prévoir ?
Un champ magnétique en perte de vitesse
La mission Swarm de l’ESA, chargée d’analyser le champ magnétique terrestre, révèle une baisse continue de son intensité dans l’Atlantique Sud. Entre 1970 et 2024, l’intensité moyenne est passée de 24 000 à 22 000 nanoteslas. Une diminution qui ne semble par ailleurs pas ralentir.
Les données satellitaires indiquent également que l’anomalie s’étend à raison de 20 km par an vers l’ouest. Plus inquiétant encore, une seconde zone de faiblesse magnétique est apparue au sud-ouest de l’Afrique. Cette découverte remet en question les modèles traditionnels et suggère que l’anomalie pourrait se scinder en plusieurs foyers indépendants.
Un danger pour les satellites et la Station spatiale internationale
Les effets de l’anomalie magnétique ont des répercussions directes sur les infrastructures spatiales. Dans cette zone de faiblesse, la protection magnétique contre les particules solaires est amoindrie.
Les conséquences sont multiples :
- Les satellites traversant l’AAS subissent des pannes électroniques plus fréquentes. Les circuits sensibles sont plus exposés aux radiations cosmiques, provoquant des dysfonctionnements aléatoires.
- La Station spatiale internationale doit mettre ses instruments en veille lorsqu’elle survole la région, pour éviter des dommages irréversibles.
- Les systèmes de navigation basés sur le champ magnétique enregistrent des erreurs plus importantes dans cette zone.
Les agences spatiales ont dû s’adapter. La NASA et l’ESA ont mis en place des protocoles de sécurité, obligeant les satellites à désactiver certaines fonctions lorsqu’ils entrent dans l’anomalie. Une contrainte lourde qui complique la gestion des missions en orbite basse.
Un avertissement avant une inversion des pôles ?
L’anomalie de l’Atlantique Sud relance un vieux débat : les pôles magnétiques de la Terre pourraient-ils s’inverser ? Ce phénomène s’est produit plusieurs fois dans l’histoire géologique et bouleverserait la répartition du champ magnétique terrestre. Les inversions des pôles sont néanmoins rares à l’échelle humaine : la dernière a eu lieu il y a 780 000 ans. En moyenne, ces renversements se produisent tous les 250 000 ans. La Terre pourrait être en retard pour un nouveau basculement.
Cependant, les experts restent prudents. L’anomalie observée dans l’Atlantique Sud n’a pas encore les caractéristiques d’un changement global. Selon les modèles de la NASA et de l’ESA, la baisse d’intensité du champ magnétique reste dans les limites des fluctuations normales. Le phénomène est à surveiller de près. Si l’affaiblissement du champ se poursuit au même rythme, une inversion pourrait se produire dans les quelques milliers d’années à venir.








