Le Kremlin conteste les informations faisant état de changements de route de pétroliers transportant du gazole russe vers les États-Unis. Le 5 novembre 2026, Kirill Dmitriev a fermement démenti ces révélations, tandis que Dmitri Peskov assure que les cargaisons trouveront des acheteurs. Les données maritimes montrent pourtant deux trajectoires modifiées.
Le jeudi 5 novembre, la Russie a défendu l’accord énergétique conclu en octobre entre Donald Trump et Vladimir Poutine, malgré les informations publiées par le Financial Times sur le déroutement de deux pétroliers russes. Kirill Dmitriev, représentant spécial du président russe, a rejeté ces révélations sur le réseau X.
« Faux. Les pétroliers destinés aux États-Unis continuent leur route », a affirmé l’émissaire du Kremlin, selon les propos repris par l’AFP.
Le démenti intervient alors que deux des trois premiers navires identifiés par les observateurs maritimes ont abandonné leur destination américaine initiale. Les données de navigation contredisent donc une partie des affirmations de Moscou.
Le Kremlin maintient ses engagements commerciaux
Dmitri Peskov a adopté une position plus prudente que Kirill Dmitriev. Interrogé sur les changements d’itinéraire, le porte-parole de Vladimir Poutine a refusé de détailler les destinations des cargaisons, invoquant la confidentialité des transactions commerciales.
Il a toutefois assuré que la totalité du gazole exporté trouverait des acheteurs, comme le rapporte Reuters.
Peskov a également écarté tout lien entre les changements de trajectoire et les résultats des élections américaines du 3 novembre. Le Leruo avait effectivement modifié sa destination dès le 2 novembre, avant le scrutin.
L’accord énergétique avait été annoncé par Donald Trump le 9 octobre. Il prévoyait une remise sur le marché de plus de 300 000 tonnes de gazole russe, puis des volumes supplémentaires. Le même jour, le Trésor américain avait publié la licence générale 135, autorisant temporairement certaines opérations sur ce carburant.
Le 14 octobre, Kirill Dmitriev avait présenté cet accord comme une ouverture vers une coopération économique plus large entre Moscou et Washington, selon Reuters.
Deux trajectoires qui contredisent les déclarations russes
Le rapport de Windward, société spécialisée dans le renseignement maritime, identifie trois navires initialement annoncés vers la côte est américaine.
Le Talisman, pétrolier battant pavillon russe et sanctionné par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne, a quitté l’Atlantique pour franchir le détroit de Gibraltar et entrer en Méditerranée. Il n’affiche plus de port de livraison précis. Le navire transporte environ 324 000 barils de gazole.
Le Leruo, sous pavillon sierra-léonais et également frappé de sanctions occidentales, a remplacé sa destination américaine par le Brésil. Sa cargaison représente environ 300 000 barils.
Le troisième pétrolier, Agioi Fanendes, poursuit sa traversée de l’Atlantique vers les États-Unis. Son arrivée était initialement estimée au 7 novembre à New York, mais son port de déchargement n’est toujours pas confirmé.
Ces informations, corroborées par les relevés de Kpler et MarineTraffic consultés par l’AFP, établissent des modifications de navigation. Elles ne permettent pas de déterminer si Moscou a ordonné les changements de destination ou si les décisions proviennent des armateurs et des acheteurs.
Des livraisons contestées aux États-Unis
Les expéditions russes rencontrent une opposition politique américaine. Le 2 novembre, la gouverneure du New Jersey, Mikie Sherrill, a averti les opérateurs portuaires que l’importation de gazole russe pourrait les exposer à des poursuites.
Elle estime que la dérogation accordée par l’administration Trump entre en conflit avec une loi fédérale adoptée en 2022, après l’invasion de l’Ukraine. Le Trésor américain défend pour sa part la légalité de son autorisation temporaire.
Parallèlement, la Russie continue de subir des frappes ukrainiennes contre ses raffineries. Reuters rapporte de nouvelles attaques visant notamment les installations de Riazan et de Iaroslavl, alors que Moscou tente de relancer ses exportations de produits raffinés.
Au 6 novembre, aucune livraison de gazole russe aux États-Unis n’a été confirmée dans le cadre de l’accord d’octobre. Le Kremlin maintient publiquement sa position, mais les deux changements de route documentés et l’incertitude entourant le troisième navire laissent ouverte la question de l’exécution de cet engagement énergétique.








