Missiles longue portée : l’Allemagne investit 12 milliards d’euros en quatre phases

L’Allemagne investit 12 milliards d’euros dans un arsenal de missiles de longue portée structuré en quatre phases technologiques. De l’acquisition de Tomahawk américains fin 2026 aux systèmes hypersoniques germano-britanniques prévus au milieu des années 2030, Berlin transforme sa posture défensive en capacité de frappe offensive à 2 000 kilomètres.

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Missiles longue portée : l’Allemagne investit 12 milliards d’euros en quatre phases © Armees.com

L’Allemagne bascule d’une posture défensive héritée de 1945 vers une capacité de frappe offensive structurée. Berlin investit 12 milliards d’euros dans un arsenal de missiles de longue portée capable d’atteindre des cibles à 2 000 kilomètres, selon Politico. Le programme quadripartite, soumis au processus budgétaire gouvernemental en août 2026, articule quatre phases technologiques distinctes : missiles de croisière bon marché dès 2027, lanceurs Typhon américains fin 2026, puis systèmes hypersoniques et missiles haute performance au milieu des années 2030. Le Chancelier Friedrich Merz justifie cette mutation : « Nous comblons une lacune stratégique importante dans notre défense. L’Allemagne développera ses propres systèmes européens en parallèle. »

Les quatre piliers de la transformation

Phase 1 (2027) : les missiles de croisière bon marché, arme de saturation

La première phase vise un déploiement opérationnel en 2027 avec un budget de 1,8 milliard d’euros. Berlin négocie actuellement avec deux fournisseurs parmi trois candidats identifiés : l’Anthem de Covenant Industries (consortium américano-israélien), le BARS d’une entreprise ukrainienne non divulguée, et le Flamingo de Fire Point (Ukraine). Le ministère allemand de la Défense qualifie ces systèmes d’« armes à coût maîtrisé capables de saturer les défenses aériennes adverses par des attaques massives, dotées d’une valeur opérationnelle élevée ». L’objectif consiste à recevoir les premiers missiles pour qualification d’ici 2027, privilégiant la quantité sur la sophistication technologique.

Phase 2 (fin 2026) : intégration des lanceurs Typhon et des Tomahawk américains

Berlin accélère avec l’acquisition de lanceurs Typhon armés de missiles Tomahawk américains. Merz a annoncé début juillet 2026 au Bundestag un accord conclu lors du sommet de l’OTAN à Ankara, avec une opérationnalité initiale visée fin 2026. Les Tomahawk, missiles de croisière subsoniques d’une portée dépassant 1 600 kilomètres, offrent une solution éprouvée en attendant les développements européens. Le système Typhon, conteneurisé et mobile, permet un déploiement rapide sur le théâtre européen. Business Insider souligne que cette phase intermédiaire répond à l’urgence stratégique face aux menaces russes croissantes.

Phases 3-4 (milieu 2030s) : systèmes hypersoniques et missiles de croisière haute performance

Les deux dernières phases mobilisent 9 milliards d’euros pour un partenariat germano-britannique. Berlin et Londres développent conjointement des missiles de croisière haute performance et des armes hypersoniques, avec une introduction prévue au milieu des années 2030. La portée minimale annoncée atteint 2 000 kilomètres, selon Militarnyi. Les systèmes hypersoniques, volant à plus de Mach 5, compliquent considérablement l’interception. Le partenariat vise l’autonomie stratégique européenne, réduisant la dépendance aux capacités américaines tout en renforçant l’interopérabilité NATO.

Cibles et doctrine : contre quels objectifs ces armes sont-elles conçues ?

Les documents internes du ministère allemand de la Défense précisent que ces armes conventionnelles, « en dessous du seuil nucléaire », ciblent quatre catégories d’objectifs : postes de commandement militaire, aérodromes tactiques, lanceurs de missiles adverses et centres logistiques. La doctrine privilégie la frappe en profondeur pour désorganiser les capacités adverses loin des lignes de front. Les missiles bon marché saturent les défenses aériennes, tandis que les systèmes haute performance neutralisent les cibles durcies. L’évolution des frappes russes en Ukraine a démontré l’efficacité des attaques massives combinant différents vecteurs.

Une portée de 2 000 kilomètres depuis le territoire allemand place Moscou, Saint-Pétersbourg, les bases navales de la mer Noire et les installations militaires en Biélorussie à portée de frappe. Le rayon d’action couvre l’ensemble de la Pologne, des pays baltes, de l’Ukraine et de la Roumanie. Depuis les bases avancées en Europe orientale, la profondeur stratégique russe devient vulnérable. La géographie transforme l’Allemagne en pivot offensif pour l’OTAN, capable de projeter la puissance conventionnelle au-delà des frontières de l’Alliance. Le déploiement prévu modifie l’équilibre des forces en Europe de l’Est, selon Kyiv Post.

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