La Marine américaine, qui dispose de 24 sous-marins de classe Virginia, vise à en produire deux par an, un objectif difficile à atteindre. Le 6 octobre 2026, Anduril a annoncé la construction d’Arsenal-2 à Sparrows Point dans le Maryland, un chantier naval destiné à fabriquer des composants critiques pour surmonter cet obstacle. L’investissement total s’élève à 6,6 milliards de dollars, combinant 3,7 milliards d’investissements privés et 2,9 milliards de contrats gouvernementaux.
Les défis de capacité pour la Marine américaine
L’US Navy, opérant actuellement 24 sous-marins d’attaque de classe Virginia, ambitionne d’en livrer deux par an pour maintenir sa suprématie navale face à la Chine et à la Russie. Toutefois, cet objectif est compromis par des pénuries de main-d’œuvre qualifiée, des chaînes d’approvisionnement tendues et une infrastructure vieillissante. La construction d’un sous-marin Virginia nécessite entre 7 000 et 10 000 travailleurs et dure cinq à sept ans, entraînant des retards qui menacent la posture stratégique américaine dans les océans Pacifique et Atlantique.
Les chantiers de General Dynamics Electric Boat à Groton et de Huntington Ingalls Industries à Newport News, qui se partagent la construction des Virginia depuis 2004, sont saturés. Newport News est également impliqué dans la construction de porte-avions de classe Gerald R. Ford, et Groton est engagé dans le programme Columbia. Un troisième site de production est donc crucial pour augmenter la cadence à trois ou quatre sous-marins par an d’ici 2035.
Anduril et son rôle dans l’écosystème des sous-marins Virginia
General Dynamics et Huntington Ingalls Industries suivent un modèle de co-production pour la construction des Virginia, chaque chantier produisant différentes sections de coque. Cependant, la complexité des Virginia et le programme Columbia saturent ces entreprises. L’arrivée d’un acteur comme Anduril, capable de produire des composants standardisés, libère des capacités d’assemblage essentielles.
Anduril, fondée en 2017 par Palmer Luckey, se spécialise dans les composants critiques tels que les sections de coque modulaires et les systèmes de ballast. Le contrat de 2,9 milliards de dollars lie les paiements aux volumes livrés. Anduril utilise des méthodes d’automatisation, de fabrication additive et d’intégration numérique pour réduire les coûts et les délais, appliquant le modèle de son usine Arsenal-1 en Ohio, dédiée à la production de drones de combat autonomes.
Arsenal-2 : une avancée technologique pour les sous-marins nucléaires
Arsenal-2, situé à Sparrows Point, remplacera une ancienne aciérie, créant 3 100 emplois directs et 11 000 indirects. L’usine intégrera des lignes de fabrication robotisées et des systèmes de contrôle qualité par intelligence artificielle. En parallèle, une installation similaire est en construction en Californie. Donald Trump, présent lors de l’annonce, a souligné le partenariat public-privé inédit, les contribuables américains détenant 40 % du chantier naval.
Selon le calendrier, Arsenal-2 sera opérationnel fin 2030, avec les premières livraisons de composants en 2029. À pleine capacité, le site permettra de construire deux Virginia supplémentaires chaque année. La montée en puissance s’étalera de 2029 à 2035, avec pour objectif d’avoir 66 sous-marins d’attaque opérationnels d’ici 2040, contre 49 actuellement.
Vers une production accrue de sous-marins
Avec l’entrée d’Anduril, la Marine américaine pourrait enfin atteindre une production de trois à quatre Virginia par an, comblant ainsi le déficit face à la flotte chinoise. Cette diversification industrielle réduit également les risques en cas de perturbation des chantiers existants. L’investissement de 6,6 milliards de dollars marque une ouverture à des acteurs non-traditionnels dans les programmes militaires.
Le succès d’Arsenal-2 déterminera l’avenir de la dissuasion conventionnelle américaine. Si Anduril réussit à respecter les délais et à réduire les coûts, d’autres entreprises technologiques pourraient intégrer l’écosystème naval, redéfinissant ainsi la capacité des États-Unis à produire du matériel militaire complexe à grande échelle.








