Les sondages donnent Marine Le Pen gagnante dans tous les cas de figure en 2027. Derrière les projections électorales, une question brûlante que personne ne pose : qui paiera la facture militaire ? Car promettre la souveraineté, c’est bien. La financer, c’est une autre affaire.
413 milliards €
Le montant total de la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 — une trajectoire budgétaire que la France est déjà incapable de tenir sans réformer ses dépenses publiques.
La défense : dernier tabou budgétaire de la campagne présidentielle
Selon une enquête Ifop relayée ce week-end, Marine Le Pen s’impose désormais dans toutes les catégories d’électeurs, y compris chez les retraités — une première historique. À dix-huit mois de la présidentielle, les programmes se construisent, les promesses s’accumulent. Mais sur la défense, le débat reste superficiel. On parle de souveraineté, de puissance, de réarmement. On ne parle jamais de comment financer tout cela sans creuser un peu plus les 3 460 milliards d’euros de dette que la prochaine majorité héritera, quoi qu’il arrive.
Force est de constater que la LPM 2024-2030 représente déjà un effort considérable sur le papier : 413 milliards d’euros sur sept ans, soit une augmentation annuelle moyenne de 3 milliards. Sauf que cet effort repose sur une trajectoire de croissance et de recettes fiscales que personne ne garantit. La France consacre 2% de son PIB à la défense — exactement le minimum exigé par l’OTAN, là où la Pologne atteint 4,2%, la Suède 2,4% et l’Allemagne accélère pour dépasser les 3%.
Être dans la moyenne basse de l’alliance atlantique tout en affichant des ambitions de puissance de premier rang : voilà la contradiction fondamentale que tout candidat à l’Élysée devra résoudre.
Dépenser plus ou dépenser mieux ? La vraie question
Imaginez un instant que la France décide demain de porter sa dépense de défense à 3% du PIB. Cela représente environ 30 milliards d’euros supplémentaires par an. Avec un déficit public qui dépasse encore les 5% du PIB, où va-t-on les trouver ?
Deux réponses honnêtes existent. Soit on réduit massivement d’autres dépenses publiques — la France en dépense 58,2% du PIB, record européen absolu, soit 10 points de plus que la moyenne de la zone euro. Soit on lève de nouveaux impôts sur une économie déjà parmi les plus taxées du monde. Le reste, c’est de la communication.
On peut se demander, d’ailleurs, si l’argent actuellement consacré à la défense est bien utilisé. Les rapports parlementaires pointent régulièrement des surcoûts industriels, des délais de livraison systématiquement dépassés, une gestion des ressources humaines militaires qui reste opaque. Le Danemark dépense moins en valeur absolue que la France, mais maintient des capacités opérationnelles remarquablement efficaces. L’efficacité de la dépense militaire n’est pas une option : c’est une nécessité arithmétique.
2027 : l’heure des comptes, pas des slogans
Quel que soit le vainqueur de la prochaine présidentielle — et les sondages désignent aujourd’hui Marine Le Pen —, la réalité budgétaire s’imposera avec une brutalité que les campagnes électorales s’emploient soigneusement à dissimuler.
Faire de la France une puissance militaire crédible au XXIe siècle exige des choix douloureux. Réformer la fonction publique pour dégager des marges. Évaluer rigoureusement chaque euro de dépense sociale. Mettre fin aux rentes et aux régimes protégés qui cannibalisent les ressources de l’État.
La souveraineté n’est pas un discours. C’est un bilan comptable. Et en 2027, les Français méritent des candidats qui leur montrent la ligne « Recettes » avant de leur promettre la ligne « Puissance ».


