Le Royaume-Uni et l’Allemagne ont annoncé le lancement d’un programme commun de développement d’un missile à longue portée destiné à renforcer les capacités de défense européennes face à la Russie. L’annonce a été faite lors du sommet de l’OTAN qui s’est tenu en juillet 2026 à Ankara. Le missile porte un nom : Deep Precision Strike, ou « frappe de précision à longue portée », abrégé en DPS.
Le projet doit mobiliser 30 milliards de livres et vise une livraison d’ici 2034. Sa promesse : atteindre des cibles stratégiques en territoire russe à plus de 2 000 kilomètres de distance. Deux pistes technologiques sont à l’étude, selon The Telegraph.
La première repose sur un missile de croisière volant à basse altitude pour échapper aux radars et aux défenses aériennes russes. La seconde mise sur une technologie hypersonique, capable d’atteindre cinq fois la vitesse du son. Le Royaume-Uni juge que le projet avance à un bon rythme.
Le montage financier suit un schéma déjà rodé : l’expertise britannique s’appuie sur les fonds allemands, sur le modèle de l’expansion récente d’usines d’armement au Royaume-Uni financée par l’Allemagne, qui a créé des centaines d’emplois. Une source sécuritaire britannique, citée par The Telegraph, résume le tournant en expliquant que le Royaume-Uni souhaitait depuis plusieurs années que l’Allemagne joue un rôle en matière de défense, mais que celle-ci ne pouvait tout simplement pas le faire pour des raisons politiques, et que désormais, la situation avait changé et qu’il existait un immense sentiment d’opportunité.
Le journal allemand Die Welt a rapporté, mardi 21 juillet 2026, que dix pays européens avaient rejoint début juillet une initiative parallèle visant un système de missiles à longue portée d’une portée supérieure à 1 200 miles, soit environ 1 930 kilomètres. Les détails de ce volet élargi restent secrets, mais le développement s’appuierait déjà sur la technologie britannique et le soutien financier allemand, avec un calendrier qui suit son cours.
Washington redoute une Europe trop autonome
L’ambition de s’affranchir en partie du parapluie militaire américain a provoqué de l’agacement outre-Atlantique. L’administration Trump s’inquiète du développement du DPS et estime que les Européens se bercent d’illusions s’ils pensent pouvoir éclipser les États-Unis en tant que grande puissance de sécurité.
Sur X, le sous-secrétaire américain à la Défense Elbridge Colby a rappelé la supériorité industrielle américaine, affirmant qu’aucun autre pays ne pouvait rivaliser avec la base industrielle de défense américaine, que ce soit en quantité ou en qualité.
La sortie surprend certains observateurs européens. Washington a longtemps réclamé que les membres européens de l’OTAN consacrent davantage de fonds à leur propre défense, avant de critiquer désormais une initiative qui va précisément dans ce sens. Sidharth Kaushal, chercheur spécialiste des missiles au sein du groupe de réflexion britannique Rusi, estime pour sa part que le projet, quelle que soit la version retenue, pourrait peser lourd sur la posture de dissuasion de l’OTAN face à Moscou.
Un calendrier jugé trop lent face à l’Ukraine
Le délai fixé avant la livraison du système ne convainc pas tout le monde. Ben Hodges, ancien commandant des forces américaines en Europe, l’a qualifié de « ridicule », dénonçant un manque d’urgence. Il rappelle que Kiev dispose déjà, sur le terrain, de solutions comparables, les Ukrainiens possédant déjà des drones capables de parcourir 2 000 kilomètres avec une ogive de forte puissance, et qu’il ne s’agit pas d’envoyer des hommes sur la Lune.
Une source citée par The Telegraph tempère toutefois la critique en saluant l’esprit de communication directe de Berlin et sa volonté de « passer à l’action », tout en reconnaissant que l’Allemagne consacre des sommes considérables à la défense sans toujours avancer vite, avant de décider avec une logique toute prussienne.
Le programme intervient alors que la guerre en Ukraine se poursuit depuis plus de quatre ans, dans le prolongement de deux textes signés en 2024 entre Londres et Berlin : l’accord Trinity House, destiné à renforcer les liens militaires bilatéraux, et le traité de Kensington, qui a posé un cadre durable de coopération en matière de sécurité, de défense, d’économie et de recherche.








