Mis en service en 1991, l’Amiral Kouznetsov symbolisait l’héritage maritime soviétique. Long de 300 mètres, conçu pour lancer des avions Su-33 et Mig-29K, il n’aura pourtant connu qu’un seul déploiement opérationnel majeur : la campagne syrienne de 2016. Une opération qui s’est soldée par la perte de deux appareils lors d’accidents à bord, révélant des défauts structurels majeurs sur le navire.
Depuis 2017, il est en cale sèche, pris dans un cycle sans fin de réparations, incendies et retards chroniques, confirme Geo. Deux incendies, en 2019 et 2022, puis la perte de son dock flottant ont freiné les travaux. À cela s’ajoute une flotte d’avions vieillissante et peu adaptée à une utilisation embarquée, ne faisant qu’aggraver son inutilité.
Un gouffre financier et technique
Le coût de cette obstination est à la hauteur de l’échec. La modernisation du Kouznetsov a absorbé plus de 100 milliards de roubles, soit près d’un tiers du coût d’un porte-avions neuf. Un chiffre difficilement justifiable, surtout en période de guerre prolongée en Ukraine, où la majorité des ressources militaires est redirigée vers les forces terrestres.
En parallèle, l’absence de relève pose question. Le projet Storm, censé produire un nouveau porte-avions pour la marine russe, a été discrètement abandonné faute de financement. Aucun autre bâtiment de ce type n’est en construction dans les chantiers navals russes.
Une stratégie navale repensée
Pour Moscou, ce retrait ne signe pas uniquement l’échec d’un programme, mais reflète une réorientation stratégique. La Russie, puissance continentale avant tout, privilégie désormais la défense côtière et les capacités de dissuasion sous-marine, plutôt que la projection de puissance navale à grande distance.
Comme l’a exprimé l’amiral Sergueï Avakyants, ex-commandant de la flotte du Pacifique, les porte-avions seraient devenus des cibles faciles dans les conflits modernes : « ils peuvent être détruits en quelques minutes par des armes modernes ». L’Ukraine a d’ailleurs démontré l’efficacité de drones et missiles bon marché contre les unités navales russes en mer Noire.
Un retrait plus symbolique que stratégique
Dans le concert naval international, la Russie fait désormais figure de parent pauvre. Face aux 11 porte-avions nucléaires américains, aux 3 chinois, ou même au Charles-de-Gaulle français, la marine russe paraît déclassée.
Mais pour Moscou, cette perte est plus symbolique que stratégique. La Russie ne dispose pas de possessions ultramarines ni de vastes zones d’influence à projeter. Ses priorités se concentrent sur la défense du flanc nord, où le changement climatique ouvre de nouveaux fronts potentiels, et sur la protection de ses bastions sous-marins.








