Un partenaire historique qui se désagrège. Un site stratégique perdu. Une rupture consommée. La nationalisation de Somaïr par le Niger signe l’effacement de la France d’une région où elle tenait l’un de ses maillons les plus sensibles : l’uranium militaire et civil.
Nationalisation de Somaïr par le Niger : un geste politique à haute portée stratégique
Le 19 juin 2025, le Conseil des ministres nigérien a officialisé la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr). Cette décision, rendue publique par le journal télévisé national, visait directement Orano, groupe français contrôlé à majorité par l’État, détenteur de 63,4 % des parts de la Somaïr. Le reste appartenait à la Sopamin, bras minier du Niger.
Ce coup de force marque un tournant dans l’histoire nucléaire française au Sahel. Arlit, la ville minière où opérait Somaïr depuis 1971, n’est pas une exploitation quelconque. C’est le dernier site actif au Niger pour Orano, après la mise à l’arrêt de Cominak (2021) et la mise en sommeil d’Imouraren en 2015. Orano perd donc tout ancrage opérationnel dans un pays qui fut, pendant cinquante ans, son principal partenaire africain en matière d’uranium.
L’uranium nigérien : un minerai doublement stratégique
La décision de Niamey n’est pas anodine. Elle concerne un minerai vital pour la France, aussi bien pour sa filière nucléaire civile, qui alimente près de 70 % de sa production électrique, que pour ses besoins en matière de dissuasion nucléaire.
L’uranium naturel est la matière première utilisée pour produire de l’uranium enrichi à des fins civiles comme militaires. Même si la France dispose de stocks et de filières multiples, le Niger représentait encore entre 15 et 17 % des importations annuelles d’Orano vers ses usines de conversion (Malvési, Tricastin) jusqu’en 2022.
La rupture brutale de cet accès direct complique la gestion stratégique du combustible nucléaire, d’autant que les autres fournisseurs (Kazakhstan, Ouzbékistan, Canada) sont exposés à des risques géopolitiques, logistiques ou diplomatiques.
Rupture militaire, diplomatique, économique : le triptyque de la fracture franco-nigérienne
La nationalisation de Somaïr n’est pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une suite logique de décisions hostiles à la France, depuis la prise du pouvoir par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) en juillet 2023.
Chronologie des ruptures :
- août 2023 : dénonciation des accords de coopération militaire.
- septembre 2023 : expulsion de l’ambassadeur de France.
- décembre 2023 : retrait définitif des troupes françaises du territoire nigérien.
- juin 2025 : expropriation d’Orano de Somaïr, dernier actif stratégique sur place.
Le groupe Orano dénonce une décision « illégale, contraire aux accords miniers » et annonce avoir saisi des instances arbitrales internationales selon Zone Bourse. Le Niger, lui, déclare que l’État français est « ouvertement hostile », relaye RTN.
Une perte de contrôle opérationnelle et symbolique pour la France
Le secteur nucléaire repose sur une chaîne complexe : exploration, extraction, conversion, enrichissement, fabrication du combustible. L’amont de cette chaîne est désormais hors de portée directe de la France au Niger. Cela signifie pour Orano une perte d’autonomie sur le contrôle des flux physiques, sur la qualité du minerai, sur les délais d’expédition, mais aussi sur la sécurisation stratégique d’une matière sensible.
Pour la France, cela renforce la vulnérabilité du dispositif nucléaire, notamment dans sa dimension militaire, qui repose sur la continuité d’approvisionnement, la traçabilité, et la capacité de réaction logistique rapide.
Et maintenant ? Un affrontement juridique, une recomposition industrielle
Orano annonce qu’elle utilisera « tous les recours prévus par le droit international » pour contester la nationalisation, explique Le Figaro. Mais le contrôle physique du site d’Arlit est déjà passé sous autorité nigérienne.
La nationalisation de Somaïr consacre une perte stratégique majeure pour la France, qui dépasse le cadre industriel. Elle signe la fin d’une ère, celle où Paris pouvait compter sur un allié stable pour sécuriser un élément vital de sa souveraineté nucléaire. Le Niger, désormais pleinement acteur de ses ressources, s’éloigne de la sphère française pour redéfinir sa position dans un jeu énergétique et géopolitique en recomposition.








