Un centre de recherches technologiques consacré à la sûreté des drones a été inauguré mardi 18 août 2026 à Hecklingen, à environ 200 kilomètres au sud de Berlin. Le site occupe un aéroport construit dans les années 1970 par les Soviétiques, dans l’est de l’Allemagne, toujours fréquenté par des avions d’affaires mais délaissé par Ryanair depuis 2013.
Le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt et la ministre de la Recherche et de l’Espace Dorothee Bär ont participé à la cérémonie. « Cette journée revêt une importance particulière : nous renforçons considérablement notre capacité de riposte face aux drones agresseurs », a déclaré Dobrindt, pour qui le site constituera un élément central de l’architecture de sécurité face à la menace hybride que représentent les drones.
Bär a précisé que seront testées, sur place, de nouvelles applications et technologies, pour les entreprises, pour les administrations et de façon renforcée pour notre sécurité.
Détecter les drones, puis les classifier
Le fonctionnement concret du centre a été détaillé par Anke Kaysser-Pyzalla, présidente de l’agence allemande de recherches dans l’aéronautique et le spatial, dans un entretien relayé par BFMTV. Il s’agit « de tester en grandeur nature des systèmes de défense antidrone » mais aussi « de tester la détection de drones et de les classifier », c’est-à-dire déterminer, une fois l’appareil repéré, « s’il était équipé d’une caméra ou d’un explosif ».
Le site emploiera 65 salariés permanents. Lors de tests grandeur nature, jusqu’à 250 personnes ont déjà été mobilisées ponctuellement, réunissant policiers nationaux, policiers régionaux et militaires de la Bundeswehr.
Un drone explosif découvert à Leipzig le 5 août
L’inauguration intervient moins de deux semaines après un incident jugé inédit. Dans la nuit du 4 au 5 août 2026, un drone muni d’une charge explosive s’est posé à proximité d’un avion-cargo ukrainien à l’aéroport de Leipzig, hub clé pour le transport de matériels civils et militaires destinés à l’Ukraine et à l’Otan. Des démineurs ont dû sécuriser la zone, paralysée pendant plusieurs heures.
L’épisode s’ajoute à une vague de plus de 1 000 drones suspects recensés en 2025 selon la police judiciaire fédérale (BKA). « Leipzig s’inscrit dans un contexte plus large », a estimé Dobrindt, jugeant que « la menace s’est aggravée ». Berlin refuse pour l’instant de spéculer sur l’identité ou les motivations des auteurs, ces questions relevant de l’enquête en cours.
Dans un communiqué publié mardi, le syndicat des salariés du transport aérien Cockpit a pointé les faiblesses de la détection allemande, mises en lumière par cet épisode. Son membre Daniel Niesler a résumé le problème sans détour, expliquant qu’avant de prendre des mesures de défense, il y a des mesures de détection, et qu’actuellement, elles ne sont pas au rendez-vous.
Dobrindt a par ailleurs annoncé une réforme des services secrets allemands. Le renseignement intérieur (BfV) et le renseignement extérieur (BND) ne se limiteront plus à l’analyse : leurs agents interviendront désormais sur le terrain, à la fois contre le terrorisme et contre l’espionnage. Le ministre souhaite aussi obtenir de la Commission européenne une prolongation de six mois du contrôle aux frontières allemandes.
D’autres pays européens avancent sur ce terrain. Fin janvier 2026, la Pologne a signé plusieurs contrats pour doter son armée d’un système anti-drones que le Premier ministre Donald Tusk a qualifié de « le plus moderne en Europe ». Le programme, largement financé par les fonds européens SAFE, coûte près de 3,6 milliards de dollars, selon le ministre polonais de la Défense Wladyslaw Kosiniak-Kamysz.
Il vient compléter des installations déjà en place, dont le système Patriot acheté aux États-Unis et le programme Narew, basé sur des missiles antiaériens britanniques. Fin janvier 2026, le ministre évoquait un coût total de 59 milliards d’euros pour l’ensemble du dispositif.
En France, la commission de la Défense du Sénat a alerté sur un dispositif jugé trop léger : fin 2024, le pays ne disposait que de 31 systèmes de lutte anti-drones, selon les rapporteurs de la commission.








