La France peut reprendre la main sur la sécurité européenne

La France conserve une position singulière au sein de l’Union européenne. Depuis le Brexit, elle en est la seule puissance nucléaire.

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La France conserve une large autonomie dans l’Armement grâce à une industrie nationale puissante, mais doit accélérer dans les drones, le numérique et la production de masse. Image générée par IA
La France conserve une large autonomie dans l’Armement grâce à une industrie nationale puissante, mais doit accélérer dans les drones, le numérique et la production de masse. Image générée par IA | Armees.com

La guerre en Ukraine a remis la puissance militaire au cœur du débat européen. Munitions, défense antiaérienne, drones, missiles, forces terrestres : ce conflit rappelle aux armées européennes ce qu’une guerre de haute intensité exige réellement, à commencer par des moyens considérables.

Pour la France, toutefois, la question ne se résume pas au réarmement. Elle concerne aussi la place que Paris entend prendre dans la future architecture de sécurité du continent.

La France conserve une position singulière au sein de l’Union européenne. Depuis le Brexit, elle en est la seule puissance nucléaire. Elle dispose aussi d’une armée capable d’intervenir, d’une industrie de défense complète et d’une capacité autonome de décision stratégique. De quoi lui donner une responsabilité particulière, sans pour autant faire de Paris le chef militaire de l’Europe.

La dissuasion au coeur du débat

La dissuasion française a été pensée pour protéger les intérêts vitaux de la Nation. Ce principe demeure. En revanche, le paysage stratégique européen a profondément changé.

La Russie a montré qu’elle était prête à employer la force et à brandir la menace nucléaire dans sa confrontation avec les Occidentaux. Dans le même temps, les Européens s’interrogent davantage sur la solidité, à long terme, de leur dépendance à la puissance américaine.

La France ne peut pas remplacer les États-Unis. Sa force nucléaire n’a d’ailleurs pas été conçue pour devenir un parapluie collectif de substitution. Elle peut, en revanche, modifier le calcul stratégique d’un adversaire. D’où une question devenue difficile à éviter : comment articuler la dissuasion française avec une sécurité européenne renforcée, sans diluer la souveraineté de la France ?

Le sujet est sensible, bien sûr. Mais il est appelé à prendre de l’importance.

Du flanc Est à Kaliningrad

La guerre a aussi changé la manière dont le flanc oriental de l’Europe est perçu.

Pour la Pologne et les États baltes, la menace russe est immédiate. Vue de France, elle est géographiquement plus lointaine. Elle n’en reste pas moins stratégique.

Kaliningrad l’illustre bien. L’enclave russe, située entre la Pologne et la Lituanie, constitue un point d’appui militaire majeur. Les capacités qui y sont déployées permettent à Moscou de peser sur une large partie de l’espace baltique et européen.

Pour les armées françaises, la difficulté est claire : un affrontement limité à l’Est pourrait rapidement devenir une crise de l’ensemble de l’Alliance. La France doit donc pouvoir contribuer à la défense du flanc oriental tout en conservant les moyens nécessaires à ses propres missions.

Réarmer sans perdre sa liberté

Le réarmement européen est indispensable. Pour autant, la France doit éviter qu’il se traduise surtout par davantage d’achats sur étagère auprès de fournisseurs étrangers.

Une puissance militaire repose sur trois piliers : des forces crédibles, une industrie capable de les équiper dans la durée et une liberté politique permettant de décider de leur emploi. L’un ne va pas vraiment sans les autres.

Ces trois atouts, la France les possède encore. C’est précisément ce qu’elle doit préserver.

Concrètement, cela passe par davantage de munitions, par la consolidation de la base industrielle et technologique de défense, mais aussi par des investissements dans les drones, les missiles, la défense aérienne, le renseignement et les capacités spatiales. La guerre en Ukraine rappelle surtout une chose : une armée moderne doit pouvoir tenir dans la durée.

Reste que la puissance militaire ne suffit pas. Même dans un contexte de confrontation durable avec Moscou, la France a intérêt à conserver une capacité de dialogue. Contrôle des armements, prévention des incidents, transparence militaire : ces sujets redeviendront incontournables si l’Europe veut éviter une escalade incontrôlée.

La ligne française pourrait, au fond, tenir en une formule : être capable de se défendre sans renoncer à décider par soi-même. Pour Paris, il ne s’agit donc pas de choisir entre Washington et Moscou, mais de conserver assez de puissance pour défendre ses intérêts, peser sur ses alliés et, lorsque c’est nécessaire, parler à ses adversaires.

Cette liberté stratégique est peut-être, aujourd’hui, l’un des derniers véritables marqueurs de la puissance française.

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