Iran : un réseau de plus de 5 000 entités soutient les achats militaires malgré les sanctions

Une enquête de Reuters publiée le 29 octobre révèle l’ampleur d’un dispositif d’approvisionnement lié au ministère iranien de la Défense. Des composants, des explosifs et des véhicules ont continué d’entrer dans le pays, soulevant des questions sur le contrôle des exportations, y compris en Europe.

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Iran : un réseau de plus de 5 000 entités soutient les achats militaires malgré les sanctions © Armees.com

Une enquête de Reuters publiée le 29 octobre 2026 met au jour un vaste réseau d’approvisionnement lié au ministère iranien de la Défense : plus de 5 000 entités identifiées dans des documents bancaires, commerciaux et douaniers. Ce dispositif aurait permis d’importer au moins deux milliards de dollars de matériels depuis janvier 2025, y compris pendant le blocus naval américain. Les achats recensés comprennent des substances chimiques, des explosifs, des pièces industrielles et des véhicules susceptibles de servir aux programmes de missiles et de drones.

Un réseau d’achats organisé autour du ministère de la Défense

Les entités repérées portent des désignations commençant par « MOD », pour Ministry of Defense, suivies de numéros. Selon l’enquête de Reuters, elles partagent une adresse à Téhéran avec le ministère de la Défense et du Soutien logistique aux forces armées. Leurs traces apparaissent dans des registres d’entreprises, des documents d’expédition et des relevés bancaires.

L’agence MOD 346428 occupe une place centrale dans les données étudiées. Pour la période allant de janvier 2025 à juin 2026, Reuters lui attribue 2,3 milliards de dollars d’importations. Les marchandises comprennent notamment des produits utilisables dans les propergols de fusées, des détonateurs, des composants aéronautiques et des poids lourds. Certaines catégories relèvent aussi d’usages civils : leur présence dans les registres ne suffit pas, à elle seule, à établir l’emploi militaire de chaque livraison.

Le réseau recourt à des intermédiaires et à des sociétés établies à l’étranger. Dans 97 % des expéditions examinées par Reuters, les règlements étaient enregistrés comme effectués sans transfert transfrontalier de devises. Ce mode de paiement, appuyé sur des fonds disponibles hors d’Iran, réduit les mouvements financiers directement visibles par les dispositifs classiques de contrôle bancaire.

Des approvisionnements reliés aux programmes de drones et de missiles

Les enquêteurs ont rapproché les données d’importation de documents d’entreprises et de renseignements sur les destinataires. Ils identifient notamment des liens avec Sahara Thunder, société déjà visée par les autorités américaines. Dans une décision de sanctions d’avril 2024, le Trésor américain la décrivait comme un acteur central des activités commerciales du ministère iranien de la Défense et de la fourniture de drones, notamment à la Russie.

Les registres analysés par Reuters mentionnent également des centaines de camions lourds, dont certains modèles peuvent être adaptés au transport ou au lancement de missiles. L’agence a recoupé une partie de ces mouvements avec des images satellites et des documents d’expédition. Les entreprises automobiles interrogées ont contesté toute implication directe dans les ventes à l’armée iranienne ou indiqué ne pas avoir connaissance des achats rapportés.

La portée du dispositif dépasse l’acquisition d’un type d’arme : il associe financement, transport, composants industriels et intermédiaires commerciaux. Les capacités réelles de production militaire qui en résultent ne sont pas chiffrées par l’enquête.

Pourquoi les contrôles européens sont concernés

Des marchandises enregistrées comme provenant d’Allemagne et d’autres pays de l’Union européenne figurent dans les données douanières exploitées par Reuters. L’origine déclarée ne permet pas d’identifier automatiquement le vendeur final ni d’établir une violation des sanctions : l’agence précise que certains enregistrements sont incomplets et que toutes les provenances n’ont pas pu être confirmées indépendamment.

Le sujet concerne directement les autorités françaises et européennes chargées du contrôle des biens sensibles. Le Conseil de l’Union européenne prévoit des restrictions visant les composants utilisés dans les programmes iraniens de drones et de missiles, ainsi que des gels d’avoirs et des interdictions de mise à disposition de ressources au profit d’entités désignées. L’application de ces mesures relève notamment des États membres.

Le lien avec la sécurité européenne est également documenté : l’Union européenne sanctionne le soutien militaire iranien à la guerre russe contre l’Ukraine. L’identification des bénéficiaires réels, la traçabilité des pièces à double usage et la surveillance des intermédiaires commerciaux sont donc au cœur du contrôle des chaînes d’approvisionnement militaires.

Reuters indique n’avoir trouvé aucune preuve que les entités numérotées de ce réseau aient elles-mêmes été inscrites sur les listes de sanctions occidentales. Les autorités iraniennes sollicitées n’ont pas répondu à ses demandes de commentaires détaillés. L’enquête fournit ainsi aux administrations chargées des sanctions de nouveaux éléments à examiner, sans préjuger des décisions qu’elles prendront.

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