« La Mission« , le dernier livre du journaliste d’investigation Tim Weiner, plonge dans un quart de siècle agité de l’histoire de la CIA. Publié par Robert Laffont, l’ouvrage couvre la période allant des suites des attentats du 11 septembre 2001 jusqu’au second mandat de Donald Trump. Weiner, lauréat du prix Pulitzer en 1988 et du National Book Award presque deux décennies plus tard, propose une analyse détaillée de la politique intérieure et extérieure des États-Unis à travers le prisme des opérations souvent secrètes de l’agence.
Les moments forts d’une période mouvementée
Le livre s’ouvre sur les conséquences directes des attaques du 11 septembre 2001, puis évoque, presque immédiatement, l’invasion de l’Irak seulement six jours plus tard. On y retrace aussi la traque d’Oussama Ben Laden, qui a réussi à échapper aux États-Unis pendant dix longues années.
Weiner aborde la création controversée des prisons secrètes de la CIA, les « sites noirs », ainsi que le programme de détention secrète et de tortures qui en a découlé. Ces chapitres dressent un tableau complexe des défis sécuritaires et éthiques auxquels l’agence a dû faire face.
Parmi les dossiers les plus marquants, l’auteur revient sur l’attaque russe contre la démocratie américaine en 2016, quand les hackers Cozy Bear ont piraté les serveurs du Parti démocrate, ainsi que sur l’ingérence russe plus large en Europe depuis 2014-2016. Il relate aussi le vol des plans de guerre de Vladimir Poutine pour l’Ukraine, montrant la capacité des services américains à remonter jusqu’à des secrets d’État.
Le rôle de la CIA auprès de l’Ukraine
La confrontation russo-ukrainienne, montée d’un cran après l’invasion de la Russie en février 2022, occupe une place centrale dans l’ouvrage. Tim Weiner détaille comment la CIA, depuis Langley (siège de l’agence), a supervisé la reconstruction des services de renseignement ukrainiens.
Les efforts décrits incluent :
- l’extraction d’agents pro-russes,
- la formation paramilitaire,
- et la mise en place d’une stratégie de tir et de camouflage anti-char, sous la direction du général Valeriy Kondratiuk et en collaboration avec la Ground Branch (une unité spéciale de la CIA).
En janvier 2022, le directeur de la CIA, William Burns, s’est rendu à Kiev pour coordonner les opérations avec le président Volodymyr Zelensky. Linda Weissgold, directrice de l’analyse du renseignement à la CIA, est citée : « Nous savions réellement ce que préparait la Russie. » Cette connaissance des intentions russes a, selon Weiner, permis aux Ukrainiens d’anticiper et de se préparer aux hostilités imminentes.








