Défense : dernier discours aux Armées pour Emmanuel Macron, et une promesse tenue

Dans son dernier discours aux Armées, Emmanuel Macron revendique le redressement du budget de la Défense et appelle l’Europe et les industriels à accélérer.

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Dans son dernier discours aux Armées, Emmanuel Macron revendique le redressement du budget de la Défense et appelle l’Europe et les industriels à accélérer. Image générée par IA
Dans son dernier discours aux Armées, Emmanuel Macron revendique le redressement du budget de la Défense et appelle l’Europe et les industriels à accélérer. Image générée par IA | Armees.com

Pour son dixième et dernier discours traditionnel aux Armées avant le 14-Juillet, Emmanuel Macron a choisi de dresser le bilan d’une décennie de réarmement. Le président revendique une hausse historique des moyens militaires et le respect de l’objectif fixé au début de son premier mandat. Mais son intervention a aussi pris la forme d’un avertissement. Les crédits supplémentaires doivent désormais produire plus rapidement des équipements, des munitions et des capacités opérationnelles. L’avenir de la Défense française dépendra également de la capacité des Européens à dépasser leurs rivalités industrielles.

Une trajectoire budgétaire qui s’est imposée au cœur du bilan d’Emmanuel Macron

Les choses avaient pourtant été très mal engagées… La relation entre Emmanuel Macron et les militaires s’était ouverte en 2017 par une crise institutionnelle majeure. Quelques semaines après son arrivée à l’Élysée, le désaccord sur les économies demandées aux Armées avait conduit à la démission du général Pierre de Villiers, alors chef d’état-major des Armées. Cet épisode avait durablement marqué le début du premier quinquennat. Neuf ans plus tard, le dernier discours d’Emmanuel Macron aux Armées a présenté une image très différente. Le chef de l’État a insisté sur la continuité des investissements engagés depuis 2017. Il a rappelé que la France avait commencé à relever son effort militaire avant l’invasion russe de l’Ukraine et avant la forte dégradation du contexte sécuritaire européen.

Cette politique a reposé sur deux lois de programmation militaire successives. Elle a permis de rompre avec plusieurs décennies de contraction des formats et de baisse relative des moyens. Le bilan reste discuté sur les effectifs, les stocks ou la disponibilité de certains matériels. La progression budgétaire constitue néanmoins l’un des éléments les plus solides des deux mandats d’Emmanuel Macron. Plusieurs responsables militaires reconnaissent que cette remontée des crédits paraissait encore très incertaine lors de son arrivée au pouvoir.

Les chiffres confirment une hausse très importante, même si la notion de « doublement » mérite d’être précisée. Le budget de la Défense prévu en 2017 représentait environ 32,7 milliards d’euros hors pensions. La trajectoire actualisée prévoit 57,1 milliards d’euros en 2026, puis 63,3 milliards en 2027. Emmanuel Macron retient des montants arrondis de 32 milliards en début de mandat et de 64 milliards à l’arrivée, ce qui permet de parler d’un doublement en dix ans. Sur la base des crédits précisément votés ou programmés, la hausse approche 94%. Elle reste exceptionnelle par son ampleur. L’objectif fixé en 2017 de porter l’effort de Défense à au moins 2% du produit intérieur brut a également été atteint.

Les dernières estimations de l’OTAN évaluent cette dépense à 2,04% du PIB en 2025 et à 2,22% en 2026. La nouvelle programmation ajoute près de 36 milliards d’euros entre 2026 et 2030. Ces moyens doivent renforcer les stocks de munitions, la préparation opérationnelle, la Défense sol-air, les drones, la lutte anti-drones, les capacités spatiales, le renseignement avancé, le cyber, l’intelligence artificielle et les moyens de frappe à longue distance. Le défi ne consiste donc plus seulement à voter des crédits. Il faut désormais les transformer en capacités disponibles dans des délais compatibles avec l’évolution des menaces.

L’industrie de Défense et la coopération européenne deviennent les prochains tests

Emmanuel Macron a consacré une large partie de son intervention aux limites actuelles de l’économie de guerre française. Le président estime que les industriels ne produisent encore ni assez vite ni dans des volumes suffisants dans plusieurs domaines jugés prioritaires. Les drones, les missiles, les intercepteurs et les munitions sont particulièrement concernés. La hausse des commandes publiques ne garantit pas, à elle seule, une accélération immédiate des livraisons. Les capacités industrielles nécessitent des investissements, des recrutements, des chaînes d’approvisionnement sécurisées et une prise de risque accrue de la part des entreprises. Emmanuel Macron a donc appelé les grands groupes à mobiliser davantage les PME et les start-up. Il souhaite aussi que les industriels anticipent certains besoins sans attendre que l’ensemble des commandes soient garanties par l’État.

Cette évolution répond à une nouvelle réalité stratégique. La puissance militaire dépend désormais autant de la capacité à renouveler rapidement les équipements consommés que du volume des arsenaux disponibles avant un conflit. Le président a également mis en garde contre les délais de livraison trop longs, qui fragilisent les Armées françaises et réduisent la compétitivité des exportateurs nationaux. Des clients étrangers confrontés à des besoins urgents peuvent se tourner vers des concurrents capables de fournir des équipements en quelques mois plutôt qu’en plusieurs années.

La dimension européenne constitue l’autre grand chantier laissé ouvert par Emmanuel Macron. Le président continue de défendre une Europe capable d’agir militairement tout en conservant les souverainetés nationales. Il considère que la multiplication de programmes concurrents affaiblit les industriels du continent et ralentit la mise en service des nouvelles capacités. L’échec du programme d’avion de combat SCAF a illustré les difficultés liées aux rivalités industrielles et aux désaccords entre partenaires. Emmanuel Macron refuse cependant d’en tirer la conclusion que chaque pays devrait développer seul ses futurs équipements. Il souhaite poursuivre les coopérations autour de la Défense aérienne, de l’alerte avancée, des frappes dans la profondeur et du futur char de combat porté notamment par KNDS.

Son dernier discours aux Armées a ainsi défendu une articulation entre autonomie française et puissance européenne. Le président a également insisté sur la condition militaire. Il a demandé que les économies futures ne dégradent pas les rémunérations, le logement ou l’accompagnement des familles. Une partie des primes doit être intégrée au calcul des pensions militaires à partir de 2027. Le lancement du nouveau service national en septembre et la montée en puissance de la réserve doivent compléter cet effort. Au terme de ses deux mandats, Emmanuel Macron laisse donc des Armées mieux financées, mais encore confrontées à des tensions sur leurs formats, leurs stocks et leurs délais industriels. Son héritage militaire dépendra autant des budgets déjà engagés que de la capacité de ses successeurs à maintenir la trajectoire et à donner une réalité concrète à l’ambition européenne.

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