Golfe : Emmanuel Macron mise sur la Défense pour consolider l’influence française au Moyen Orient

Emmanuel Macron entame une tournée au Moyen Orient centrée sur la Défense, la sécurité du Golfe, l’énergie et les partenariats militaires français.

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Emmanuel Macron entame une tournée au Moyen Orient centrée sur la Défense, la sécurité du Golfe, l’énergie et les partenariats militaires français. ChatGPT
Emmanuel Macron entame une tournée au Moyen Orient centrée sur la Défense, la sécurité du Golfe, l’énergie et les partenariats militaires français. ChatGPT | Armees.com

Du 19 au 21 octobre 2026, Emmanuel Macron se rend au Koweït, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn puis au Qatar. Dans un Moyen Orient confronté à une forte dégradation sécuritaire, la tournée présidentielle dépasse largement les enjeux énergétiques. La Défense occupe une place centrale. Paris veut rappeler son rôle de partenaire militaire, renforcer ses coopérations avec les monarchies du Golfe et soutenir les positions des industriels français. Mais malgré une relation stratégique dense et l’engagement récent des forces françaises dans la région, la perspective de nouveaux contrats majeurs reste incertaine.

Du Koweït au Qatar, la Défense devient le fil rouge de la tournée française

Le déplacement d’Emmanuel Macron commence le 19 octobre au Koweït. Il doit y rencontrer l’émir Mechaal al-Ahmad al-Jaber al-Sabah. Les infrastructures, la santé et surtout la coopération de Défense figurent parmi les dossiers bilatéraux. Le Koweït et la France disposent d’un accord de coopération militaire datant de 1992, renforcé en 2009. Un accord sur le stationnement de forces françaises a également été signé en 2022. Paris entretient ainsi une relation ancienne avec l’émirat, où un détachement français participe notamment au dispositif militaire engagé contre l’organisation État islamique. Emmanuel Macron doit ensuite rejoindre Abou Dhabi. Aux Émirats arabes unis, les discussions avec Mohamed ben Zayed porteront sur la Défense, la sécurité et les technologies émergentes, dont l’intelligence artificielle. Le 20 octobre, le président français fera étape à Bahreïn avant de terminer son déplacement au Qatar, où une visite d’État est programmée jusqu’au 21 octobre. À Doha, Paris cherche à renforcer un partenariat qui associe diplomatie, investissements, énergie et coopération militaire.

Cette tournée intervient surtout dans un environnement sécuritaire profondément transformé. Depuis le début de la crise régionale de 2026, les armées françaises ont accru leur contribution à la protection de plusieurs partenaires du Moyen Orient. L’Élysée a rappelé que la France était liée par des accords de Défense aux Émirats arabes unis, au Qatar et au Koweït. Des Rafale ont effectué des missions de protection aérienne et des moyens supplémentaires de défense sol-air ont été déployés. En juin, le ministère des Armées annonçait notamment l’installation de systèmes Mistral destinés à protéger des emprises contre les menaces aériennes à basse altitude. La présence française aux Émirats constitue le principal point d’appui de cette architecture : environ 900 militaires sont répartis sur trois emprises, avec des capacités terrestres, aériennes et navales. Au printemps 2026, les Rafale de la base aérienne 104 avaient déjà participé à une campagne de Défense aérienne particulièrement soutenue face aux drones et missiles menaçant la région. La tournée présidentielle s’inscrit donc dans la continuité d’un engagement militaire concret, et pas uniquement dans une logique commerciale.

Au Moyen Orient, Paris veut aussi relancer la dynamique des contrats d’armement

La France dispose déjà de positions importantes sur le marché de la Défense dans le Golfe. Le cas des Émirats arabes unis est le plus spectaculaire. En décembre 2021, Abou Dhabi avait commandé 80 Rafale au standard F4, un contrat historique pour Dassault Aviation. Le Qatar est lui aussi un utilisateur majeur de l’avion français. Doha avait commandé 24 Rafale en 2015 avant de lever, deux ans plus tard, une option portant sur 12 appareils supplémentaires. Au Koweït, Paris a obtenu par le passé des commandes de 30 hélicoptères Caracal ainsi que de 300 véhicules Sherpa. Ces succès montrent que les relations de Défense entre la France et le Moyen Orient reposent sur des programmes industriels de long terme, auxquels s’ajoutent la formation, les exercices conjoints et les échanges entre états-majors. Au Qatar, France Diplomatie recensait ainsi plus d’une centaine d’actions de coopération militaire pour la seule année 2024.

La nouvelle tournée ne garantit toutefois pas une moisson comparable. L’analyse publiée par La Tribune, source à l’origine de cet article, souligne qu’aucun grand contrat de Défense ne paraissait suffisamment avancé avant le départ pour assurer une signature, même si le Qatar demeure particulièrement surveillé. Le dossier le plus emblématique reste celui des VBCI. Lors de la visite d’Emmanuel Macron à Doha en décembre 2017, une lettre d’intention avait été signée pour 490 véhicules blindés de combat d’infanterie, alors proposés par Nexter, aujourd’hui intégré à KNDS. La Direction générale du Trésor avait officiellement annoncé cette lettre d’intention à l’époque. Près de neuf ans plus tard, le contrat définitif attendu n’a toujours pas concrétisé cette ambition selon La Tribune. L’enjeu dépasse le seul VBCI : Paris cherche à transformer une proximité diplomatique et un soutien militaire visible en nouvelles coopérations industrielles, notamment dans la défense aérienne, les radars et la lutte anti-drones, devenus prioritaires dans le Golfe.

L’absence d’étape présidentielle en Arabie saoudite ne signifie d’ailleurs pas que Riyad soit écarté de cette stratégie française au Moyen Orient. Jean-Noël Barrot s’est rendu dans la capitale saoudienne à la veille du déplacement d’Emmanuel Macron. Le ministre des Affaires étrangères doit notamment réaffirmer le soutien français face aux attaques des Houthis et discuter de la protection des infrastructures stratégiques du royaume. Paris avait annoncé dès septembre son intention de contribuer à la protection des installations énergétiques autour du corridor menant à Yanbu. Ce dispositif illustre le double objectif poursuivi par la France : sécuriser ses partenaires et préserver les flux énergétiques indispensables à l’Europe. Dans ce contexte, la tournée des 19, 20 et 21 octobre apparaît moins comme une succession de cérémonies commerciales que comme une opération de consolidation stratégique. Pour la France, l’enjeu consiste désormais à démontrer que sa présence militaire, ses accords de Défense et son industrie peuvent rester des instruments d’influence durables dans un Moyen Orient où la concurrence internationale est particulièrement intense.

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