Gaza : l’unité fantôme israélienne dans le viseur de la justice française

Tireurs d’élite, vidéos accablantes, exécutions de civils… Une plainte explosive cible une unité secrète de l’armée israélienne. Et deux de ses membres, franco-israéliens, sont directement visés.

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Gaza : l’unité fantôme israélienne dans le viseur de la justice française © Armees.com

Le 1er juillet 2025, une plainte a été déposée à Paris visant deux snipers franco-israéliens accusés d’exactions graves dans la bande de Gaza. Cette démarche judiciaire, portée par plusieurs ONG, révèle l’existence d’une unité militaire israélienne qualifiée de « fantôme », soupçonnée d’avoir exécuté délibérément des civils non armés. Les événements incriminés se seraient déroulés entre novembre 2023 et mars 2024.

Une unité fantôme opérant dans Gaza : la Ghost Unit ou Refaim

Surnommée « Ghost Unit » ou « Refaim », cette section militaire secrète appartient officiellement au 202e bataillon de parachutistes de l’armée israélienne. Officieusement, elle est désignée comme une « unité fantôme » : peu documentée, difficile à tracer, composée majoritairement de tireurs d’élite binationaux, formés à des missions dites de « neutralisation ciblée ».

Parmi ces soldats, deux Franco-Israéliens identifiés sous les initiales Sasha A. et Gabriel B. sont aujourd’hui poursuivis en justice. Ils appartiennent tous deux à l’unité 888, une formation expérimentale des Forces de défense israéliennes (FDI), aussi appelée bataillon Tzefa. Leur mission supposée : opérer des frappes précises dans des zones de combat urbain.

Des exécutions filmées et diffusées : Gaza au cœur des preuves

Le dossier repose en grande partie sur un travail d’enquête du journaliste palestinien indépendant Younis Tirawi. En octobre 2024, il publie sur X une série de vidéos issues à la fois de soldats israéliens et de civils gazaouis. On y voit plusieurs individus non armés, manifestement sans menace apparente, être pris pour cible par des snipers postés.

Dans l’une des séquences, un militaire affirme : « [Nous tirons] s’ils se trouvent dans une zone désignée comme zone de combat et s’il s’agit d’hommes en âge de servir dans l’armée ». Un sergent américano-israélien ayant servi dans l’unité affirme de son côté qu’« il n’y avait aucune limite : nous pouvions tirer sur toute personne de sexe masculin. À partir de janvier, ils ont aussi dit de tirer sur les femmes et les enfants. »

Ces propos, corroborés par des séquences filmées, nourrissent les accusations d’« atteintes volontaires à la vie » relevant de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

Une plainte pour génocide au tribunal judiciaire de Paris

La plainte, déposée par la FIDH (Fédération internationale pour les droits humains) en association avec plusieurs ONG palestiniennes (Al-Haq, Al Mezan, PCHR), mais aussi françaises (LDH, AFPS), vise directement Sasha A. et Gabriel B. Elle a été enregistrée auprès du pôle « crimes contre l’humanité » du tribunal judiciaire de Paris.

Les ONG s’appuient sur le principe de compétence universelle du droit français, qui permet de poursuivre en France des auteurs présumés de crimes internationaux, indépendamment de leur nationalité ou du lieu des faits.

L’armée israélienne interpellée, la justice internationale sollicitée

À ce jour, ni l’armée israélienne ni le gouvernement de Tel-Aviv n’a officiellement commenté cette affaire. L’unité Refaim, quant à elle, continue d’opérer sans visibilité publique.

Cette plainte relance la question du rôle des FDI dans le conflit israélo-palestinien et de la transparence de leurs opérations à Gaza. Elle pourrait aussi ouvrir la voie à une action coordonnée devant la Cour pénale internationale, selon plusieurs avocats spécialistes du droit humanitaire.

Deux noms, une unité invisible, et des vidéos qui témoignent d’une violence décomplexée. La procédure judiciaire ouverte à Paris pourrait inaugurer un tournant dans la traque internationale des responsables présumés de crimes à Gaza. Si elle aboutit, elle marquerait aussi un précédent pour d’autres plaintes, alors que les tensions restent extrêmes entre Israël et les autorités palestiniennes.

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