Au Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget 2025, la France a levé le voile sur un arsenal inédit de munitions téléopérées, la gamme de drones MATARIS. Une rupture stratégique discrète, mais décisive.
Propulsée au cœur des enjeux de défense moderne, la France entre de plain-pied dans l’ère des munitions rôdeuses, en exposant publiquement, pour la première fois, la gamme MATARIS. Derrière cette appellation, un projet aussi confidentiel qu’ambitieux, désormais concrétisé sous l’égide de KNDS, EOS Technologie et Delair.
Présentée officiellement le 17 juin 2025, la gamme MATARIS (Munitions Aéroportées Téléopérées à Rayon d’Intervention Sélectif) incarne la nouvelle doctrine française en matière de drones d’attaque. Cette annonce majeure s’inscrit dans le cadre du Paris Air Show 2025, événement stratégique pour les industriels de défense. L’objectif : doter les armées françaises d’un spectre complet de munitions téléopérées, couvrant les besoins tactiques à courte et moyenne portée.
MATARIS : un virage technologique porté par KNDS, Delair et EOS Technologie
MATARIS est le fruit d’une coopération industrielle étroite entre trois acteurs français : KNDS France, chef d’orchestre du programme, Delair, expert en vecteurs légers multi-rotors, et EOS Technologie, spécialiste des plateformes aérodynamiques rapides.
Selon les informations communiquées par Paris Air Show Daily, le développement de la gamme a été mené en un temps record, dans un format d’ingénierie agile, permettant la validation des plateformes en moins de 24 mois.
Chaque munition est équipée d’une charge militaire conçue par KNDS Ammo France, spécialement calibrée pour des objectifs précis : neutralisation d’infanterie, véhicules non blindés, voire blindés légers. La gamme intègre des systèmes de sécurité électronique avancés, incluant des dispositifs d’armement à validation distante.
Quatre drones MATARIS pour répondre à tous les scénarios tactiques
D’après les informations communiquées par Paris Air Show Daily, la gamme MATARIS se décline en quatre vecteurs distincts, chacun conçu pour un segment opérationnel spécifique :
- MT-10 : drone à voilure tournante, portée 10 km, mission d’appui rapproché, embarque une charge d’impact ciblé.
- MX-10 Damocles : quadcoptère à ailes fixes, également doté d’une portée de 10 km. Ce modèle sera officiellement intégré à l’armée de Terre française dès juillet 2025.
- MV-25 Oskar : drone à voilure fixe, déjà utilisé en conditions réelles en Ukraine. Portée 25 km, conçu pour des frappes semi-stratégiques.
- MV-100 Veloce 330 : fleuron de la gamme. Propulsé par turbine, ce drone atteint 100 km de rayon d’action à plus de 400 km/h. Il sera livré à toutes les branches des forces armées françaises à partir de juin 2025.
Le Veloce 330 dispose d’une aérodynamique exceptionnelle (efficacité aérodynamique 30) et embarque une charge de 2,5 kg anti-char dérivée de la technologie de l’obus BONUS. Ce modèle intègre également un système de guidage hybride indépendant du GPS, selon des éléments rapportés par plusieurs publications spécialisées en Ukraine.

Une réponse directe aux besoins opérationnels exprimés par les forces
Cette gamme s’inscrit pleinement dans les programmes COLIBRI (Courte Portée – 5 à 10 km) et LARINAE (Moyenne Portée – jusqu’à 100 km), initiés par la Direction générale de l’armement (DGA) et l’Agence de l’innovation de défense (AID) dès 2022, dans l’objectif de résorber un déficit capacitaire tactique critique.
Le MX-10 Damocles a été conçu, qualifié (notamment sur le plan de la sécurité) et industrialisé en seulement 12 mois. Sa production en série démarre dès l’été 2025, avec une montée en puissance progressive visant à faire de la France le premier fournisseur européen de munitions téléopérées de courte portée.
Le MV-25 Oskar, quant à lui, est entré en service opérationnel en Ukraine après seulement deux années de développement. Son déploiement a été validé à la suite d’essais en conditions réelles avec tête militaire en juin 2024, précise Euromaidan Press. Les retours d’expérience ont été qualifiés d’« excellents » par les autorités ukrainiennes.
Vers une industrialisation stratégique et une ambition export
D’après les informations communiquées par Paris Air Show Daily, 23 unités du MV-100 ont déjà été livrées à la DGA pour évaluation, avec pour objectif une mise en production industrielle d’ici fin 2025. Les industriels partenaires visent également une ouverture à l’export dès le premier trimestre 2026, ciblant notamment les pays européens engagés dans des opérations de haute intensité.
Ce positionnement place la France au niveau des grandes puissances productrices de munitions téléopérées, jusqu’alors dominé par Israël, les États-Unis ou la Turquie.
Avec MATARIS, la France affirme sa capacité à produire une gamme souveraine, modulaire et interopérable de munitions téléopérées, à même de répondre aux défis contemporains du champ de bataille. Ce tournant technologique marque un saut qualitatif majeur pour les armées françaises, et pourrait à court terme refaçonner l’architecture tactique des forces déployées, en rendant l’attaque préemptive mobile, discrète et précise.








