Chaque euro de plus pour la défense devra être arraché ailleurs. Dans un pays aux finances déjà sur le fil, réarmer signifie trancher. Brutalement.
Réarmer, oui. Mais à quel prix ?
Financer un effort de défense à 3,5 % du PIB ? Sur le papier, l’objectif impressionne. Dans les faits, il effraie. Pour y parvenir, la France devrait faire grimper son budget militaire à 120 milliards d’euros. Et si l’objectif glissait vers les 5 %, ce serait 170 milliards. Le ministre des Armées Sébastien Lecornu évoque un « poids de forme » autour de 100 milliards en 2030. Mais peu importe la cible : l’effort reste colossal.
Le 19 mai 2025, le Haut-commissariat au plan a jeté un froid en publiant une note chirurgicale. Clément Beaune, haut-commissaire, l’a résumé d’un trait : « Il ne faut pas croire aux solutions magiques ». Les options de financement existent. Aucune n’est indolore.
Option 1 : tailler dans le reste
Premier levier : réduire les dépenses publiques ailleurs. Drastiquement. Pour financer la montée en puissance de l’armée sans creuser le déficit, il faudrait que les autres dépenses (hors défense et transition écologique) n’augmentent que de 0,9 % par an en valeur d’ici à 2030. Soit une baisse historique en volume. « Ce serait totalement inédit », insiste la note du HCP.
En clair : prestations sociales, santé, éducation, fonction publique… tout serait mis à la diète.
Option 2 : un matraquage fiscal
Deuxième levier : faire entrer plus d’argent. Traduction : augmenter les prélèvements obligatoires. Beaucoup. Le HCP chiffre l’effort à +15 milliards d’euros par an. À ce rythme, il faudrait ajouter deux points de TVA chaque année jusqu’en 2030. Dix points en tout. Une folie économique.
Même les idées iconoclastes ne suffisent pas. La fameuse « taxe Zucman » sur les ultra-riches ? Rendement estimé : 15 à 25 milliards par an. Il en faudrait cinq comme elle. Chaque année. Résultat : « un choc fiscal massif », qui plomberait l’activité et donc les recettes. Un piège.
Option 3 : travailler plus, beaucoup plus
Troisième piste : augmenter le taux d’emploi. Objectif théorique : +5 points d’ici 2030. Soit près de deux millions d’actifs supplémentaires. L’équivalent de huit réformes des retraites en cinq ans. La dernière, en 2023, n’en promettait qu’un gain de 0,6 point. Autant dire que l’idée relève de l’incantation.
Les exemples étrangers sont éclairants. L’Allemagne a gagné six points entre 2004 et 2009, mais au prix de mini-jobs et d’une pression salariale extrême. Les Pays-Bas aussi, avec une explosion du temps partiel. Est-ce transposable à la France ? Rien n’est moins sûr.
Option 4 : miser sur l’Europe ?
Dernière carte sur la table : le financement européen. Un emprunt commun, à l’image du plan de relance Covid. Le Haut-commissariat l’envisage : un programme à 450 milliards d’euros, dont 70 pour la France. Séduisant ? Oui. Réaliste ? Moins sûr.
« Le projet ReArm Europe est d’ampleur modeste mais adresse un signal positif », note prudemment la note. Problème : l’Allemagne, partenaire clé, est farouchement opposée à toute mutualisation. Et dans une Europe encore marquée par les règles de Maastricht, la France n’est pas en position de force pour imposer un tel tournant.
Budget militaire : un effort colossal
L’enjeu est clair : aucun de ces leviers ne peut être activé seul. « Aucune solution n’est envisageable isolément », tranche la note. Seule issue : combiner les pistes. Faire des choix. Et assumer les sacrifices. L’armée attend des moyens. L’État cherche des marges. Entre les deux, une fracture politique inévitable.
La montée en puissance de l’armée française, si elle veut être crédible, devra passer par un débat de fond. Pas sur les cibles. Mais sur la méthode. Car une chose est sûre : les milliards ne tomberont pas du ciel.








