Une nouvelle étape du programme européen de communications militaires ESSOR a été officiellement lancée le 22 octobre 2026 à Bonn. L’Organisation conjointe de coopération en matière d’armement (OCCAR) et le consortium industriel a4ESSOR ont tenu la réunion de démarrage des travaux prévus par l’avenant à la quatrième phase du programme. Pour les armées françaises et leurs partenaires, l’objectif est concret : pouvoir échanger des informations tactiques entre radios de fabrication différente, sans imposer un équipement unique à tous les pays.
Selon le communiqué publié par l’OCCAR le 22 octobre, cette phase comprend le développement d’une nouvelle forme d’onde radio à bande étroite, appelée ESSOR Narrow Band Waveform (ENBWF), ainsi que des essais d’interopérabilité et la préparation d’un dispositif de soutien en service.
Une même communication tactique, des radios nationales différentes
Une radio logicielle peut modifier certaines fonctions de communication par logiciel plutôt que de dépendre exclusivement d’une architecture matérielle figée. La « forme d’onde » désigne ici un ensemble de règles techniques permettant à des équipements compatibles d’émettre, de recevoir et d’échanger des données. L’intérêt militaire apparaît lorsqu’une coalition réunit des unités dont les radios ont été conçues par des industriels différents.
Le programme ESSOR rassemble la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Finlande et la Pologne. Côté industriel, l’OCCAR cite Thales, Bittium, Rohde & Schwarz, Leonardo, Radmor et Indra. Chaque pays peut ainsi conserver des équipements relevant de ses choix nationaux, tout en travaillant à une capacité commune de communication.
La nouvelle forme d’onde doit s’appuyer sur la future édition 2 du standard OTAN STANAG 5630. Elle complète la forme d’onde à haut débit ESSOR, dont la spécification a été adoptée par l’OTAN sous le numéro STANAG 5651 en 2023. Le programme distingue donc deux besoins : les échanges de données à haut débit et des communications à bande étroite conçues pour fonctionner sur de plus longues distances.
Le démarrage d’octobre suit un contrat signé en juillet
Le fait nouveau est le lancement opérationnel de cette phase de développement, et non la signature d’un contrat inédit. L’avenant correspondant avait été signé le 7 juillet 2026. À cette date, l’OCCAR indiquait que la valeur globale du programme ESSOR dépassait désormais 211 millions d’euros, après son extension à la nouvelle forme d’onde.
La réunion du 22 octobre marque le passage à la mise en œuvre des travaux : validation de l’ENBWF, essais de terrain de la forme d’onde à haut débit existante, vérification de la compatibilité entre matériels et préparation de tests techniques. L’OCCAR prévoit aussi un laboratoire de référence ESSOR, destiné à contrôler l’interopérabilité des systèmes, ainsi qu’un cadre commun de soutien en service.
Ces étapes restent à mener. L’annonce ne fournit ni calendrier précis de déploiement de la nouvelle forme d’onde dans les unités françaises, ni date d’entrée en service généralisée. Elle décrit un programme de développement et de qualification, dont la réussite devra être établie par les essais annoncés.
Pourquoi ce chantier compte pour les opérations françaises
Pour la France, le sujet touche à la conduite des opérations multinationales. Sur le terrain, une information transmise rapidement entre des unités alliées peut concerner une position, un ordre, une alerte ou la coordination d’un déplacement. Des communications incompatibles obligent à multiplier les relais et compliquent la circulation de ces informations.
La coopération porte également sur l’autonomie industrielle européenne : elle cherche à établir des règles de communication partagées sans supprimer la diversité des fabricants nationaux. Thales, partenaire français d’ESSOR, a déjà participé à des essais d’interopérabilité de la forme d’onde à haut débit annoncés en 2022, qui constituent une étape antérieure du programme.
La prochaine mesure tangible de l’avancement d’ESSOR sera la capacité des partenaires à faire fonctionner la nouvelle forme d’onde sur leurs radios respectives, puis à en vérifier la robustesse lors d’essais en conditions représentatives. C’est sur ces résultats, plutôt que sur la seule réunion de lancement, que se jugera l’apport opérationnel de cette coopération.








