Ce qui devait être un simple chantier de restauration s’est transformé en une découverte archéologique majeure. Sous l’église Saint-Philibert, à Dijon, une équipe d’archéologues a révélé un escalier oublié menant à une crypte funéraire vieille de plusieurs siècles. Ce sanctuaire souterrain recèle des cercueils et des sarcophages, témoins de rites funéraires ancestraux. Mais ce n’est pas tout : les fouilles ont révélé des traces d’églises encore plus anciennes, datant du Haut Moyen Âge.
Un chantier de restauration aux airs d’expédition archéologique
En décembre 2024, une équipe d’archéologues du l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) intervenait sur les fondations de l’église Saint-Philibert, un édifice roman du XIIe siècle situé à Dijon. Ils ne devaient que vérifier la stabilité des piliers de cette église fragilisée par l’érosion saline accumulée au fil des siècles. Mais les fouilles ont rapidement pris une tournure inattendue. En creusant sous la nef, les chercheurs ont mis au jour un escalier oublié, scellé lors de travaux dans les années 1970. En le suivant, ils ont découvert une crypte souterraine datant d’au moins 400 ans.
À l’intérieur de cette cavité, des cercueils contenant les ossements d’adultes et d’enfants ont été retrouvés. Selon les premières analyses, cette crypte aurait servi d’ossuaire, où les restes des défunts les plus anciens étaient déplacés pour faire place aux nouveaux arrivants. « Dans le transept, une voûte, probablement du XVe-XVIe siècle, a été identifiée. On y trouve des défunts, adultes et enfants, inhumés dans des cercueils, leurs os poussés sur les côtés pour libérer de l’espace pour les nouvelles sépultures », explique l’INRAP dans un communiqué officiel.
Parmi les éléments retrouvés, deux chapelets et plusieurs pièces de monnaie ont été mis au jour, témoignant de la pratique funéraire de l’époque. Contrairement à certaines sépultures riches en bijoux et ornements, ces tombes suggèrent un enterrement sobre, centré sur les croyances religieuses du temps.
Un site funéraire utilisé depuis plus de 1 500 ans
Les découvertes ne se sont pas arrêtées là. Plus les archéologues creusaient, plus ils remontaient le temps. Sous la crypte du XVIIe siècle, ils ont mis en évidence les vestiges d’une église plus ancienne, probablement construite entre le Xème et le XIème siècle.
Et encore plus profondément, un véritable trésor historique a été révélé : six sarcophages en pierre datant de la fin de l’Antiquité et de l’ère mérovingienne, soit plus de 1 500 ans d’histoire enfouis sous les dalles de Saint-Philibert. « Le sol de l’église de l’An Mil scelle la démolition d’un ou plusieurs bâtiments dont seuls deux murs parallèles, d’axe nord/sud, ont été retrouvés. Ces derniers servent d’appui à six sarcophages : deux, de l’époque mérovingienne (VIe-VIIIe siècles), sont installés sur les quatre autres, caractéristiques de l’Antiquité tardive dont un présentant un couvercle sculpté. En l’état de la recherche, ces sarcophages semblent placés, à l’intérieur, d’un ou de plusieurs bâtiments qui ont fonctionné entre la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Âge », précise l’Inrap.
L’histoire du site de Saint-Philibert s’avère encore plus complexe que prévu. Les études menées sur les maçonneries révèlent que l’église du XIIe siècle n’est pas la première à occuper cet emplacement. Avant elle, une autre église avait déjà été construite à cet endroit au XIe siècle. Et plus surprenant encore, les fouilles suggèrent qu’une structure encore plus ancienne, édifiée au Xe siècle, avait déjà existé. Les vestiges de ces bâtiments démontrent que l’espace religieux a été utilisé de façon continue sur plus de 1 500 ans, faisant de Saint-Philibert un lieu historique d’une importance capitale.








