Depuis quelque temps, un phénomène observé par les autorités maritimes et les médias attire l’attention : l’apparition d’une « flotte fantôme russe ». Une enquête approfondie, menée par plusieurs médias, dont la VRT, montre comment certains navires liés à la Russie deviennent temporairement invisibles en désactivant leurs systèmes d’identification. Cette pratique soulève de sérieuses questions sur la sécurité maritime et le respect des sanctions internationales.
Le trafic maritime passé au peigne fin
Selon le journal belge La Libre, l’étude s’est basée sur l’analyse des trajets de presque 1 400 navires liés à la Russie, pour la période 2020 à 2025. L’enquête a été renforcée par les observations de la Défense belge et de la cellule Sécurité maritime de la marine marchande, qui ont toutes deux noté une hausse sensible des interruptions des données AIS (Système d’identification automatique). L’expert Thomas De Spiegelaere a été cité, soulignant que ces désactivations semblaient bien être délibérées pour masquer certaines activités.
Les navires étudiés sont très variés mais partagent un point commun : leur lien avec la Russie et leurs pratiques inhabituelles. Certains arboraient des pavillons étrangers tout en transportant du pétrole ou des marchandises russes, d’autres appartenaient à des entreprises sous sanctions. Ce réseau de navires est désigné sous le nom de « flotte fantôme russe », en référence à leur capacité à se rendre temporairement invisibles.
Comment le système AIS est détourné
Le Système d’identification automatique (AIS), indispensable pour les gros navires, transmet des informations comme l’identité, la position, le cap et la vitesse. Les navires qui interrompent ces données sont qualifiés de « bateaux fantômes ». Les coupures d’AIS, suivies d’une réactivation dans des zones différentes, sont devenues plus fréquentes, ce qui complique la surveillance maritime. Cette technique permet aux bateaux de disparaître des filets de surveillance (radar) et de réapparaître en dehors des radars immédiats.
Un exemple concret a été observé en août 2024 : un cargo panaméen a coupé son AIS dans la Manche. Il a réactivé ses signaux brièvement 18 heures plus tard, à la frontière des eaux internationales dont la Belgique est responsable, avant de disparaître à nouveau et de réapparaître près de Saint‑Pétersbourg, à 1 800 km de là.
Thomas De Spiegelaere a évoqué plusieurs raisons à ces désactivations : dissimuler des activités, échapper aux sanctions et éviter des attaques sur la flotte russe. Il a déclaré : « Si la désactivation de l’AIS est intentionnelle, c’est bien sûr pour dissimuler certaines activités ou positions. » Ces navires peuvent aussi effectuer des repérages ou des sabotages sur des infrastructures maritimes, comme en mer du Nord, ou faciliter des transferts discrets de cargaisons.
La Belgique et d’autres pays réagissent par des mesures de détection strictes. Les navires qui entrent dans les eaux territoriales belges sont repérés immédiatement. Un navire sans AIS ne peut pas pénétrer dans les ports sans être détecté ; il faut souvent une confirmation visuelle pour suivre ceux qui désactivent régulièrement leur AIS.








