Défense : dépenser plus ne suffit pas, dépenser mieux s’impose

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Défense : dépenser plus ne suffit pas, dépenser mieux s'impose
Défense : dépenser plus ne suffit pas, dépenser mieux s'impose | Armees.com

La France a décidé de porter son budget de défense à 2% du PIB. Acte courageux, effort réel. Mais une question demeure, que personne ne pose assez franchement : cet argent est-il bien dépensé ? Augmenter les crédits sans réformer la structure, c’est verser de l’eau dans un panier percé.

413 Mds€

C’est l’effort budgétaire total prévu par la Loi de Programmation Militaire 2024-2030 — le plus ambitieux depuis la guerre froide.

L’argent arrive. La réforme, elle, attend.

413 milliards d’euros sur sept ans. La LPM 2024-2030 affiche des chiffres qui donnent le vertige, et une ambition affichée : moderniser les armées, reconstituer les stocks, regagner en autonomie stratégique. Personne ne contestera la nécessité de l’effort. Après des décennies de déflation budgétaire, l’outil militaire français était à l’os.

Mais voilà le problème. Augmenter la ressource sans questionner son emploi, c’est la logique française par excellence. On a appliqué cette méthode à l’hôpital, à l’éducation, aux collectivités locales. Le résultat est connu : des budgets en hausse permanente, des résultats qui stagnent, et des contribuables qui financent une inefficacité organisée.

La défense ne devrait pas échapper à cet examen. Sur les 413 milliards programmés, combien relèvent d’une réelle montée en puissance capacitaire ? Combien alimentent des structures administratives pléthoriques, des doublons interarmées, des programmes mal calibrés ? Ces questions ne sont pas antimilitaristes. Elles sont les questions élémentaires que tout gestionnaire responsable doit poser.

L’Allemagne, de son côté, a créé un fonds spécial de 100 milliards d’euros doté d’un comité de suivi parlementaire strict. La Suède a conditionné chaque euro supplémentaire à des objectifs de capacité opérationnelle mesurables. En France ? L’exécution budgétaire de la LPM reste un angle mort du débat public.

Une industrie de défense sous perfusion ou un champion souverain ?

La BITD — la Base Industrielle et Technologique de Défense — est souvent présentée comme un joyau national. Naval Group, Dassault, KNDS, Thales, MBDA : des noms qui font rêver, des savoir-faire réels, une fierté légitime. Mais là aussi, la réalité mérite un regard plus acéré.

Les délais de livraison s’allongent. Les surcoûts s’accumulent. Le programme Scorpion a pris du retard. Les stocks de munitions, censés atteindre des niveaux de crédibilité en cas de conflit de haute intensité, restent insuffisants selon les propres aveux de l’état-major. Et pendant ce temps, les commandes export — pourtant vitales pour maintenir les chaînes de production — dépendent d’arbitrages diplomatiques parfois incompréhensibles.

On peut se demander si le modèle actuel — une BITD captive d’un client unique, l’État, avec des prix de revient opaques et des évaluations de performance quasi inexistantes — est réellement au service de la souveraineté française. La comparaison avec le modèle suédois SAAB ou avec Leonardo en Italie est instructive : des industriels de défense plus agiles, mieux intégrés dans des logiques d’alliance, et soumis à des contrôles de gestion autrement plus exigeants.

L’exigence de résultats, seule boussole valide

La souveraineté stratégique ne s’achète pas, elle se construit. Et elle se construit avec de l’argent public — c’est-à-dire l’argent des contribuables. Ce rappel n’est jamais superflu.

Il est temps que le Parlement exige un tableau de bord précis de la LPM : livraisons effectives, coûts réels versus coûts programmés, capacités opérationnelles atteintes. Il est temps que la Cour des comptes publie annuellement un audit indépendant de l’exécution budgétaire défense. Il est temps, enfin, que « dépenser mieux » devienne dans ce secteur aussi une priorité, et non un slogan réservé aux ministères jugés moins nobles.

La défense de la France mérite mieux que des crédits en hausse et des résultats flous. Elle mérite une exigence de gestion à la hauteur de l’enjeu.

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