Les 16 et 17 février 2026, à Bruxelles, le Parlement européen a pris une décision lourde de sens : suspendre plusieurs fonctionnalités d’intelligence artificielle sur les tablettes et téléphones professionnels fournis aux eurodéputés et à leurs équipes. Si l’institution ne bannit pas totalement ces technologies, elle en limite désormais l’usage dans un cadre professionnel strict, au nom de la sécurité et de la souveraineté numérique.
Une intelligence artificielle jugée risquée pour la sécurité des données du Parlement européen
L’intelligence artificielle concernée par la décision ne se limite pas à un simple gadget. Selon Reuters, les fonctionnalités désactivées incluent des assistants de rédaction, des outils de synthèse automatique, des systèmes de résumé de pages web et des assistants virtuels intégrés aux appareils professionnels. Ces outils, largement déployés par les grands éditeurs technologiques, reposent majoritairement sur des traitements via des services cloud externes.
Or, c’est précisément ce point qui inquiète le Parlement européen. D’après 01net, le service d’assistance technique interne a averti les eurodéputés par courriel que « Certaines de ces fonctionnalités utilisent des services cloud pour effectuer des tâches qui pourraient être traitées localement, envoyant ainsi des données hors de l’appareil. Tant que cela n’est pas entièrement clarifié, il est jugé plus sûr de maintenir ces fonctionnalités désactivées », selon le service d’assistance technique e-MEP. L’intelligence artificielle devient ici un vecteur potentiel d’exfiltration involontaire de données sensibles.
En pratique, l’intelligence artificielle intégrée aux systèmes d’exploitation peut analyser des documents, reformuler des notes internes ou résumer des échanges confidentiels. Dès lors, si ces contenus transitent par des serveurs distants, même brièvement, le risque d’exposition augmente mécaniquement. Reuters confirme que la décision a été prise en raison « d’inquiétudes liées à la sécurité et à la confidentialité ».
Toutefois, le Parlement européen insiste sur le caractère préventif de la mesure. « Le Parlement surveille en permanence les menaces de cybersécurité et déploie rapidement les mesures nécessaires pour les prévenir, mais ne commente pas les détails spécifiques pour des raisons de sensibilité », a indiqué le service de presse de l’institution. L’intelligence artificielle est ainsi traitée comme une surface d’attaque potentielle supplémentaire dans un environnement institutionnel sensible.
Intelligence artificielle et cybersécurité : une vigilance accrue face aux risques d’espionnage
La décision s’applique à deux types d’équipements professionnels : les tablettes et les téléphones fournis aux députés européens et à leur personnel. L’intelligence artificielle est désormais considérée comme un facteur de risque transversal au sein de l’écosystème numérique du Parlement européen.
En revanche, les applications essentielles ne sont pas affectées. Toujours selon Reuters, les outils comme la messagerie, le calendrier ou les logiciels de documents continuent de fonctionner normalement. L’intelligence artificielle n’est donc pas bannie en bloc ; elle est ciblée là où les traitements automatiques impliquent des flux de données vers des infrastructures externes.
Cette prudence s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la cybersécurité européenne. Les institutions de l’Union ont déjà été la cible d’attaques informatiques sophistiquées ces dernières années. Dans ce cadre, toute technologie susceptible d’ouvrir un canal de communication non maîtrisé avec des serveurs tiers est examinée avec rigueur. L’intelligence artificielle, en raison de son architecture souvent hybride entre local et cloud, pose un défi particulier.
De surcroît, les enjeux d’espionnage ne sont jamais loin. Les eurodéputés manipulent quotidiennement des informations stratégiques : projets législatifs, négociations commerciales, échanges diplomatiques, données personnelles. Si l’intelligence artificielle traite ces contenus pour générer des résumés ou des propositions de texte, elle peut théoriquement exposer des fragments de données sensibles. Même sans fuite avérée, le principe de précaution s’impose dans un environnement institutionnel.
Le Parlement européen a d’ailleurs recommandé aux élus de faire preuve de prudence lorsqu’ils utilisent des outils d’intelligence artificielle sur leurs appareils personnels pour des tâches liées à leur mandat, selon Reuters. Cette extension de la vigilance au-delà des seuls équipements fournis montre que la question dépasse le cadre purement technique.
Souveraineté numérique et intelligence artificielle : un signal politique fort
Au-delà des considérations techniques, la décision envoie un message politique clair. L’Union européenne ambitionne de réguler l’intelligence artificielle à travers un cadre juridique ambitieux. Pourtant, elle choisit de limiter l’usage de ces mêmes technologies en interne. Ce paradoxe apparent souligne la complexité du sujet.
D’un côté, l’intelligence artificielle est présentée comme un levier de compétitivité et d’innovation. De l’autre, elle soulève des interrogations majeures sur la souveraineté des données et la dépendance aux fournisseurs extra-européens. La plupart des services cloud utilisés pour traiter les requêtes d’intelligence artificielle sont en effet opérés par des entreprises situées hors de l’Union européenne.
Ainsi, la désactivation temporaire de certaines fonctionnalités peut être lue comme un geste de prudence stratégique. Le Parlement européen ne remet pas en cause l’intelligence artificielle en tant que technologie, mais il exige des garanties sur la localisation des données, les modalités de traitement et la maîtrise des flux d’information.








